L’Espagne négocie la restructuration de son système financier

le 11/05/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les autorités pourraient demander aux banques de provisionner entre 32 et 42 milliards d’euros supplémentaires sur les crédits immobiliers

Mariano Rajoy, le 9 mai 2012. Photo: Mario Proenca/Bloomberg

C’est sur la question du renforcement des provisions qu’achoppent les négociations entre les banques espagnoles et le gouvernement, qui devrait aujourd’hui annoncer les nouvelles mesures pour assainir son secteur financier. Les exigences de provisionnement à hauteur de 53 milliards d’euros demandées en février dernier par l’exécutif espagnol n’ont pas réussi à calmer les marchés préoccupés par les actifs toxiques de l’immobilier de l’ensemble du secteur  financier. Mais certaines entités financières craignent que les nouvelles exigences de provision ne provoquent des pertes supplémentaires et refusent de payer la facture de celles qui ont mal géré leurs comptes.

Dans la ligne de mire des critiques: Bankia, qui pourrait, selon Manuel Romera, directeur du secteur financier à l’IE Business School, obtenir une aide publique de 7 milliards d’euros. La plus importante union de caisses d’épargne possèderait le plus d’actifs toxiques exposés au secteur de l’immobilier. Mais selon Manuel Romera, «d’autres entités pourraient être dans de pires conditions.»

Dans le quotidien économique Expansion, l’analyste José Antonio Fernández Hódar s’alarme et se demande à combien de milliards d’euros s’élève réellement le portefeuille des actifs immobiliers. Un think tank de Bruxelles estime que le système bancaire espagnol aurait besoin de 270 milliards d’euros pour couvrir ses besoins en capitaux, rapporte le quotidien El País, des estimations jugées «irréalistes» par Manuel Romera.

Alors que de nombreux experts parlent de la création de plusieurs structures de défaisance pour isoler les créances douteuses, l’allemand Jörg Asmussen, membre du directoire de la Banque centrale européenne, plaide pour la création d’une structure unique. Mais ce scénario pose bien sûr la question du financement de cette «bad bank», à laquelle le gouvernement s’était jusqu’à présent refusé en raison de son compromis de réduction de son déficit public.

Le projet de l’exécutif prévoit, selon El País, que les entités qui ne pourront se provisionner constituent un schéma de protection d’actifs sur leur portefeuille de crédits pour une période de 10 ans. Des sources proches du secteur remarquent que cette formule serait celle qui aurait le moins d’impact sur le déficit public. De leur côté, les banques continuent à plaider pour que le Fonds de garantie des dépôts prenne en charge la facture. Mais là aussi reste à savoir comment le renflouer.

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