Le fonds de restructuration bancaire espagnol arrivera bientôt au bout de ses capacités

le 11/05/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'effet de levier du Frob peut passer de trois à six sur décision du ministère des Finances. Sa capacité monterait alors à 90 milliards d'euros

Après la nationalisation de Bankia et le probable durcissement des provisions dans le secteur bancaire espagnol attendu ajourd'hui, le Frob, le fonds créé en 2009 pour venir en aide aux banques, risque de ne pas avoir, dans sa forme actuelle, de moyens suffisants.

Cette structure est capitalisée par l'Etat, se finance sur les marchés puis prête ou investit dans les banques, pour une durée limitée et à des conditions de marché, par exemple à un rendement de 7,75% pour des actions de préférence convertibles. Ses engagements ne sont pas comptabilisés dans le déficit budgétaire au sens d'Eurostat mais au niveau de la dette publique, encore inférieure en Espagne à la moyenne européenne. Grâce à un effet de levier de 3, sa capacité s'élève à 45 milliards d'euros dont 27 milliards étaient encore disponibles à fin mars.

A première vue, les besoins du secteur bancaire espagnol sont gérables pour l'Etat. «Les provisions exigées jusqu'ici par la Banque d'Espagne sont basées sur des hypothèses qui semblent très conservatrices», indique Thibault Mercier, économiste chez BNP Paribas. Elles intègrent par exemple une baisse de 56% des prix sur les maisons terminées, alors que, depuis le pic, l'indice des prix de l'immobilier n'a baissé que de 20%. «Si les 50 milliards d'euros de provisionnement devaient être apportés par le Frob et jamais remboursés, le contribuable supporterait une perte de l'équivalent de 5% du PIB. La solvabilité de l'Etat ne serait donc pas compromise. Mais la situation économique de l'Espagne doit aussi être prise en compte», poursuit-il.

«Pour les caisses d'épargne en perte, qui doivent en outre se conformer aux exigences de fonds propres de l'Autorité bancaire européenne (EBA) en juin, il sera difficile d'augmenter les provisions» qui pourraient être exigées aujourd'hui, prévient Delphine Cavalier, économiste bancaire chez BNP Paribas. Compte tenu de la récession et de la montée du chômage, «on peut aussi envisager une hausse des défauts sur les crédits aux particuliers. Tout cela n'envoie pas de signaux très positifs. Dans ce contexte, l'Espagne risque de devoir se résoudre à recourir aux fonds européens», conclut-elle.

L'effet de levier du Frob peut passer de 3 à 6 sur décision du ministère des Finances. Sa capacité monterait alors à 90 milliards d'euros. Un montant suffisant pour couvrir les risques immobiliers dans les banques mais pas des risques plus étendus.

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