L'intégration financière recule en zone euro

le 27/04/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La BCE plaide pour un fonds unique chargé de supporter le coût d'une faillite bancaire

Le phénomène de «renationalisation» des dettes augmente en zone euro.

Une monnaie unique, mais un système financier de moins en moins intégré. La tendance, à l’œuvre depuis 2007, s’est accentuée l’an dernier en zone euro sous l’effet de la crise des dettes souveraines, constate la BCE dans son enquête annuelle sur le sujet, publiée hier. Le phénomène de «renationalisation» augmente, avec des banques et des assureurs qui se concentrent sur les dettes domestiques. Pour contrer le processus, la BCE a appelé hier à la mise en place d’un régime paneuropéen de résolution bancaire.

Tous les segments de marché montrent des dysfonctionnements. Après les ventes massives de l’automne, la détention de dette non domestique en zone euro par des institutions financières est revenue à son niveau de 2005. Dans leurs opérations de refinancement auprès de la BCE, les banques utilisent de plus en plus de titres de leurs pays d’origine, à hauteur de 70% du collatéral apporté fin 2011 contre à peine 50% début 2009, selon l'enquête de la banque centrale. On pourrait y ajouter l’importance prise par les lignes de liquidité d’urgence accordées par les banques centrales nationales dans des pays comme la Grèce et l’Irlande, en marge des opérations de l’Eurosystème.

La BCE soutient qu’après ses deux injections de fonds à 3 ans, «les indicateurs d’intégration financière ont montré des signes d’amélioration». A vérifier. Si les indicateurs de stress bancaire se sont en effet détendus, les banques espagnoles ou italiennes ont utilisé une partie des fonds pour acheter la dette de leur pays, contribuant au mouvement de nationalisation des emprunts d’Etat. «Plutôt que de promouvoir une forme d’union, qui serait la solution à la crise, les LTRO ont encouragé la désunion financière ou la ‘dé-euroisation’», estimaient les stratégistes taux de Rabobank dans une note la semaine dernière.

Hier, les banquiers centraux ont avancé une autre idée pour renforcer l’intégration financière de la zone euro: la création d’un organe chargé de coordonner les aides aux banques en cas de crise. «Pour les banques d'importance systémique les plus importantes, soit environ 36 banques, nous avons vraiment besoin d'un fonds de résolution car c'est la seule manière de résoudre la très épineuse question du partage du fardeau en période de crise», a estimé Vitor Constancio, vice-président de la BCE, lors d’une conférence à Francfort.

L’opposition farouche des Etats à l’idée d’une supervision unique et d'un partage des coûts de sauvetage des banques fait encore de cette idée un vœu pieux. Mais Mario Draghi, président de la BCE, a estimé hier que «la thèse du renforcement de la supervision bancaire et de la résolution à l’échelon de la zone euro est devenue beaucoup plus claire». Une thèse relayée début avril à Paris par Benoît Coeuré, membre du directoire de l’institution: le Français a évoqué un pacte financier dont la finalité ultime serait une autorité européenne unique chargée de la résolution de crise, et qui permettrait de briser le cercle vicieux entre risque bancaire et risque souverain.

Comme l’expliquait récemment un autre officiel français, «soit l’on crée une FDIC, l’autorité américaine de garantie des dépôts, à l’échelle de l’Union européenne, mais il faudrait une supervision très intégrée que la Grande-Bretagne ou la Suède refuseront. Soit l’on adopte une approche fédérale qui soit purement zone euro, afin d’avoir des outils qui permettent de mutualiser d’autres fonctions que la politique monétaire». Le chemin s’annonce long et semé d’embûches.

Le phénomène de «renationalisation» des dettes augmente en zone euro.
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Le phénomène de «renationalisation» des dettes augmente en zone euro.

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