Le budget espagnol devrait mettre l'accent sur les réformes et les baisses de dépenses

le 30/03/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Madrid présente aujourd'hui sa loi de Finances 2012. Le dérapage du déficit en janvier et février rend l'objectif de 5,3% du PIB difficile à atteindre

Mariano Rajoy passe son premier vrai test aujourd’hui. Au lendemain d’une journée de grève générale suivie en Espagne, le nouveau chef du gouvernement présente un budget 2012 très attendu après le récent dérapage des comptes publics, qui a fait repasser les rendements du pays (5,4% à 10 ans hier) au-dessus de ceux de l’Italie. L’objectif de déficit a été relevé de 4,4% à 5,3% du PIB cette année, sur la base d’une contraction de l'économie prévue à 1,7%.

Madrid avait déjà annoncé en décembre un paquet fiscal d’urgence de 15 milliards d’euros, soit 1,4% du PIB, fait de baisses des dépenses (60%) et de hausses d’impôts (40%). Mariano Rajoy a évoqué, ces derniers jours, une nouvelle baisse de 15% des dépenses ordinaires des ministères. Côté recettes, il ne faut pas attendre un tour de vis général, mais le taux de TVA réduit pourrait augmenter sur certains produits. Après celle du marché du travail, d’autres réformes seraient annoncées.

L'un des sujets majeurs reste néanmoins celui des collectivités locales, responsables des deux tiers du dérapage du déficit en 2011. «Le gouvernement veut pousser les régions autonomes à accepter des mesures d’austérité, en échange d’une aide pour régler leurs arriérés de paiement et trouver de meilleures conditions de financement», rappelle Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank. Madrid négocie ainsi avec les banques une ligne de crédit de 35 milliards qui permettrait aux régions d’apurer leurs dettes vis-à-vis de leurs fournisseurs. Quant au projet de créer des hispabonos, sorte d’eurobonds à l’échelon espagnol qui mutualiseraient les émissions de dette des autonomies avec une garantie explicite de l’Etat, il ne devrait pas être détaillé aujourd’hui.

L’année 2012 commence mal, en tout cas. Le déficit du gouvernement central en janvier et février a dépassé de 50% celui de l’an dernier pour atteindre 1,9% du PIB. Un chiffre effrayant, mais à relativiser car Madrid a choisi d’anticiper ses transferts aux régions et le versement du trop-perçu de TVA. «Le gouvernement ne parviendra pas à ramener le déficit à 5,3% du PIB», estime Gilles Moec, qui met cependant en garde contre l’accumulation de plans d’austérité dans un contexte de baisse du revenu des ménages. «L’Espagne devra plutôt progresser sur d’autres sujets – assainissement des banques, réformes structurelles – pour garder le soutien de ses partenaires européens», conclut l’économiste.

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