Les banquiers centraux redoutent la confusion entre politiques monétaire et budgétaire

le 27/03/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le gouverneur de la Banque de France et le président de la Fed de Philadelphie ont débattu des risques liés aux politiques non conventionnelles

Photo: PHB/Agefi

Les banques centrales qui ont adopté des mesures non conventionnelles doivent prendre garde à préserver leur indépendance et leur crédibilité. C’est la principale préoccupation exprimée par les banquiers centraux réunis sous les ors de la Banque de France à l'occasion d'un colloque hier.

«Nous devons restaurer un peu de la vieille orthodoxie», a martelé le président de la Réserve fédérale de Philadelphie, Charles Plosser. La crise a brouillé les lignes entre la politique monétaire et la politique budgétaire. D’aucuns aimeraient que la Fed tolère plus d’inflation pour réduire la dette et la banque a très largement investi dans certains marchés pour les soutenir, à commencer par celui des obligations adossées à des crédits hypothécaires américains (MBS).

Pour le banquier central, clairement dans le camp des faucons, il faut absolument que la Fed réaffirme toute son indépendance par rapport au politique en se concentrant à nouveau sur l’évolution des «Fed funds» et en réduisant son bilan. Charles Plosser a défendu l’idée d’un «nouvel accord» entre le Trésor et la Fed. Celle-ci pourrait intervenir à la demande du Trésor mais il serait établi clairement que tout ce qui ne serait pas un titre d’Etat serait échangé contre des «Treasuries» au bout d’un certain temps.

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a cependant rappelé que «toutes les interventions exceptionnelles étaient absolument nécessaires» et «que nous pourrions vivre avec des mesures non conventionnelles longtemps». Même s’il y a des risques à ce que politiques budgétaire et monétaire ne soient plus clairement distinguées, la zone euro est selon lui bien protégée.

Non seulement la stabilité des prix est le premier objectif de la BCE, mais il est strictement interdit de financer les gouvernements. Et l’Eurosystème, «extrêmement bien capitalisé», n'a pas à craindre de l'expansion de son bilan. «Les appels de certains économistes et participants de marché à relâcher l’objectif de stabilité des prix sont malvenus», a-t-il conclu.

Après avoir souligné les méfaits de l’inflation, l’ancien président de la Bundesbank, Axel Weber, a expliqué que les banques doivent impérativement profiter du temps que leur ont offert les LTRO de la BCE pour se recapitaliser. Car celle-ci devra finalement reprendre toute la liquidité accordée pour se concentrer sur la stabilité des prix, même si ce sera toujours trop tôt aux yeux du marché.

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