Le Portugal ne retrouvera pas le marché en 2013

le 29/02/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La Troïka salue les efforts réalisés. Mais ses prévisions sont jugées optimistes

Victor Gaspar, ministre des Finances portugais. Photo: Chris Ratcliffe/Bloomberg

Le FMI, la BCE et la Commission européenne se sont montrés globalement satisfaits des efforts réalisés par Lisbonne. «Le programme est en bonne voie», ont-ils déclaré hier à l'issue de leur troisième revue trimestrielle. «Mais des défis demeurent», ont-ils ajouté. Le ministre des Finances portugais Vitor Gaspar (photo) a affirmé hier que le pays ne demanderait pas d'autres financements au-delà de l'accord actuel. Mais des économistes estiment que le Portugal devra être soutenu au moins jusqu'en 2015.

Suite à l'évaluation publiée hier, le déblocage de la nouvelle tranche d'aide au Portugal est attendu mi-avril, après les feux verts du conseil du FMI et des autorités européennes. Elle s'élèvera à 14,9 milliards d'euros sur un programme total de 78 milliards. «Les mesures sont généralement mises en œuvre comme prévu» et «le Portugal fait des progrès satisfaisants pour ajuster ses déséquilibres économiques», explique la Troïka.

La déclaration des bailleurs de fonds, qui sera suivie par la publication d'un rapport plus détaillé, n'omet toutefois pas les défis auxquels sera encore confronté le pays. «En 2012, la croissance des importations de ses partenaires commerciaux devrait encore s'affaiblir, tandis que la demande intérieure s'ajustera et que le chômage et les faillites augmenteront», observe la Troika. Dans ce contexte, le ministre des Finances Vitor Gaspar a encore dû revoir sa prévision sur le PIB pour 2012. Il devrait se contracter de 3,3% contre une précédente anticipation de 3%, et le taux de chômage atteindra 14,5% cette année et non plus 13,7%, a ajouté le ministre.

Mais la Troïka voit une éclaircie dès 2013. «La plupart des ajustements sont attendus en 2011 et 2012, et l'économie devrait recommencer à croître l'année prochaine», a expliqué hier Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires. Cette anticipation laisse les économistes sceptiques. Barclays Capital prévoit par exemple un repli de 2,1% du PIB l'an prochain par une chute de 3,7% en 2012. L'objectif d'un déficit budgétaire à 4,5% du PIB est quant à lui toujours jugé atteignable par la Troïka, «à moins que les risques à la baisse sur les perspectives économiques se matérialisent», ajoute-t-elle.

Le retour au marché pour les émissions à moyen et long terme, théoriquement prévu en 2013, est évoqué prudemment. Ce sera «difficile», a admis Vitor Gaspar, tout en affirmant que le Portugal ne demanderait pas de temps ni d'argent supplémentaires de la part de ses bailleurs de fonds. Pourtant, selon Ricardo Santos, économiste chez BNP Paribas, il est «impossible» que le Portugal retourne sur le marché obligataire l'an prochain compte tenu de ses faibles perspectives économiques et des défis énormes constitués par les efforts de consolidation budgétaire. Un tel retour serait même imprudent d'après Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank, qui table plutôt sur 2015, «une fois que l'impact des réformes structurelles commencera à se matérialiser de façon significative».

Un nouveau plan pour le Portugal pourrait donc se profiler à l'horizon. Pour le moment, les autorités européennes se sont seulement déclarées prêtes à soutenir le pays jusqu'à ce qu'il retrouve un accès au marché obligataire. Ricardo Santos, chez BNP Paribas, estime que le Portugal aura besoin de 60 milliards d'euros supplémentaires jusqu'en 2015.

Victor Gaspar, ministre des Finances portugais. Photo: Chris Ratcliffe/Bloomberg
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Victor Gaspar, ministre des Finances portugais. Photo: Chris Ratcliffe/Bloomberg

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