Le risque grec n'est pas totalement levé

le 22/02/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Dans le meilleur des cas, la dette grecque restera à 120,5% du PIB en 2020

Intervention d’Evangelos Venizelos, le ministre grec des Finances, le 21 février à Athènes. Photo: Kostas Tsironis/Bloomberg

Même si les marchés ont bien réagi, les économistes sont encore sceptiques sur l’accord signé à l’arraché par les Européens hier matin. Ils sont nombreux à saluer l’annulation de 53,5% de la dette grecque détenue par les créanciers privés, d’autant que les banques ont déjà provisionné cette perte. Cependant, ils restent très inquiets sur le niveau de participation à l’échange de dette et sur les capacités de la Grèce, au bord de l’asphyxie, à se réformer et à renouer avec la croissance.

«Même si tous les créanciers participaient au PSI, l’opération serait inutile si la Grèce ne renouait pas avec la croissance. Or, il manque malheureusement de mesures concrètes pour la soutenir à court terme», commente Frederik Ducrozet, économiste chez Crédit Agricole. Les Européens, qui ont demandé au pays de couper de nouveau dans les emplois publics, de baisser le coût du travail de 15% en trois ans et de gagner 19 milliards d'euros en deux ans via des privatisations, tablent pourtant sur un retour à la croissance en 2014, selon Reuters.

En échange de 130 milliards d'euros, ils ont demandé aux créanciers privés de prendre davantage de perte pour que la dette soit ramenée à 120,5% du PIB d’ici à 2020 alors qu’en octobre, Bruxelles tablait sur 120%. Sans cet effort supplémentaire, la dette n’aurait pas été ramenée en dessous de 129% du PIB en 2020. Il faut dire que «les réformes structurelles tardent à être mises en place», expliquent les experts de la Troïka dans le rapport sur la soutenabilité de la dette.

En 2011, l’économie grecque a reculé à -6% du PIB en 2011 (contre -5,5% prévu) et les besoins de recapitalisation ont augmenté à 50 milliards d’euros (contre 40 milliards escomptés). Pour 2012, la Grèce anticipe désormais un déficit budgétaire de 6,7% du PIB, contre un objectif précédent de 5,4%. «La dévaluation interne nécessaire à la restauration de la compétitivité grecque débouche sur un ratio de dette sur PIB plus élevé à court terme», reconnaît le rapport daté du 15 février.

En plus de l’augmentation de la décote, les Européens ont donc décidé de réduire leur marge sur les prêts accordés dans le cadre du premier plan de sauvetage à 150 points de base, ce qui devrait réduire le ratio de dette sur PIB de 2,8 points de pourcentage d’ici à 2020. La redistribution des profits du programme de rachats d’actifs de la BCE (SMP) est aussi censée abaisser le ratio de dette à 1,8 point de pourcentage d’ici à 2020, selon l’Eurogroupe.

«Même si tout se déroule comme prévu par le plan, il est clair que les sommes discutées ne sont pas suffisantes pour financer la Grèce jusqu’à ce qu’elle soit capable d’accéder de nouveau au marché», estime Gillian Edgeworth, chez Unicredit.

Pour réduire leur dette, les Grecs se sont engagés à mettre directement l’équivalent du service de la dette pour le prochain trimestre sur un compte sous séquestre et à inscrire dans leur législation le principe selon lequel la priorité est donnée à la réduction de la dette. Le tout se fait au prix d’un nouvel abandon de souveraineté puisque la Troïka surveillera la bonne allocation des ressourcesà la réduction de l'endettement.

«Prétendre qu’un gouvernement élu démocratiquement [...] puisse faire passer les intérêts des créanciers du pays (surtout étrangers) avant ceux des citoyens montre une incompréhension de la vie politique dans les démocraties», commente Dominique Daridan, chez Aurel BGC. Il n’est pas le seul à mettre en garde contre le risque politique alors que les élections sont prévues en avril.

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