La BCE s'est substituée durablement au marché interbancaire

le 20/02/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les injections à 3 ans de la banque centrale accentuent le phénomène, de même que les nouvelles règles de solvabilité et de liquidité bancaires

L’injection massive de fonds à 3 ans de la BCE fin décembre (la LTRO) a permis de détendre les rendements des emprunts d’Etat périphériques et de rouvrir les marchés obligataires. Mais, dans l’entourage même des autorités monétaires, on concède que le marché interbancaire reste grippé. La baisse de l’Euribor 3 mois, passé de 1,35% à 0,968% depuis l'opération à 3 ans de la banque centrale fin décembre, ne doit pas faire illusion.

«La détente des taux interbancaires est mécanique, il y a peu de transactions, indique Jean-Louis Mourier, chez Aurel BGC. Il y a peut-être un redémarrage entre grandes banques du cœur de la zone euro, mais les banques grecques, portugaises, voire espagnoles et italiennes, ont beaucoup de mal à trouver des contreparties sur le marché interbancaire, surtout au-delà de 3 mois».

Les 489 milliards d’euros injectés par la BCE – dont environ 200 milliards nets de liquidité supplémentaire dans le système – se sont traduits par une hausse tout aussi sensible des dépôts à la banque centrale. Ceux-ci atteignent 477 milliards d’euros en moyenne quotidienne depuis le début de l’année. Les statistiques des banques centrales nationales montrent que les établissements empruntant des fonds à Francfort diffèrent de ceux qui ont recours à la facilité de dépôt. En gros, la BCE prête aux banques des pays du Sud de la zone euro et reçoit les dépôts de celles des pays du Nord. «Ce transfert d’épargne se substitue aux prêts interbancaires entre les banques du Nord et les banques du Sud de la zone euro, qui ont pratiquement disparu», écrit Patrick Artus, chef économiste de Natixis.

Pour de nombreux observateurs, la nouvelle LTRO de fin février ne changera rien à l’affaire, quels que soient les montants injectés. «Le marché interbancaire sur la partie 1 mois à 1 an est mort, explique le directeur financier d’une banque. C’est une volonté des régulateurs: Bâle 3 pénalise les prêts et les lignes de crédit interbancaires dans la pondération des risques et dans le calcul des ratios de liquidité, tandis que l’interconnexion des banques est l’un des critères de surcharge en capital pour les institutions systémiques». Des règles qui s'ajoutent à celles pesant sur les fonds monétaires et qui ont eu pour effet de raccourcir l'horizon d'investissement de ces derniers. «Sur des maturités au-delà d'un mois, la BCE est appelée, structurellement, à prendre le relais», conclut le banquier.

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