Au moins l'euro baisse...

le 02/02/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

S’il est évident que la zone euro s’engage à grand pas dans une décennie perdue, elle n’emprunte pas pour autant le même chemin que le Japon. La forte appréciation du yen (+75% de 1991 à 1995 en termes effectifs) avait bloqué un relais de croissance par la demande étrangère. La monnaie commune échappe à cette fatalité. L’euro a perdu 10% en termes effectifs et nominaux ces six derniers mois.

Au-delà de la conjoncture, trois facteurs participent à sa faiblesse.

1/ La spéculation : les positions ouvertes contre l’euro n’ont jamais été aussi fortes qu’à fin janvier (171.000 contrats nets shortant l’euro, ce qui représente un montant de 21 milliards d'euros). Visiblement les avancées institutionnelles ne convainquent pas.

2/ La politique monétaire: depuis six mois, comme l’indique le graphique, la BCE a largement plus augmenté son offre de monnaie que la Réserve Fédérale américaine. Si le second LTRO à 3 ans prévu pour fin février rencontre un succès similaire à celui de décembre dernier (489 milliards d'euros) et tant que la Fed reste sur le terrain de la communication pour piloter les anticipations de taux plutôt que de jouer sur la taille de son bilan, la politique de la BCE pourrait potentiellement affaiblir l’euro à moins de 1,20 dollar.

3/ La contrainte extérieure: la défiance des investisseurs étrangers vis-à-vis de certaines dettes publiques européennes a ceci de bénéfique qu’ils se reportent massivement sur les Etats-Unis. Depuis un an, le Royaume-Uni a doublé son exposition en titres du Trésor américain, la portant à plus de 420 milliards de dollars. Le Japon, la Suisse, le Brésil et d’autres font de même; seule la Chine s’abstient. De par son mode de financement déjà exclusivement domestique au cours de sa décennie perdue, le Japon n’avait pas pu affaiblir sa devise par ce canal. Sans la crise grecque, l’euro serait 30 à 40 centimes plus fort qu’aujourd’hui.

L’affaiblissement de la devise est donc une bonne nouvelle. Cela dit, on le voit, il n’est pas le produit volontaire d’une politique active de ciblage du change, mais plutôt un effet collatéral de la crise financière. Si la confiance revient, l’euro se réappréciera, fortement.

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