Moody's met à nouveau Paris en garde sur son AAA

le 22/11/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les tensions sur le rendement de l'OAT pourraient peser sur les finances publiques, avertit l'agence

L'écart de rendement des taux à 10 ans France-Allemagne au plus fort

Malgré le plan d'austérité du gouvernement annoncé début novembre, le sentiment de Moody's sur le AAA de la France n'a pas changé, la crise de la zone euro s'étant parallèlement aggravée. Mi-octobre, l'agence de notation avait annoncé prendre trois mois pour évaluer la perspective sur la note de la France. L'agence a complété hier son argumentaire en pointant les risques liés à une hausse du coût de la dette dans un contexte économique dégradé. Conséquence, le spread OAT-Bund s'est écarté jusqu'à 170 pb.

Dans un bulletin hebdomadaire, Alexander Kockerbeck, analyste principal de Moody's sur la France, alerte sur les risques liés à la récente hausse des rendements des obligations françaises sur les finances publiques. «Une augmentation de 100 points de base équivaut globalement à une charge de financement supplémentaire de 3 milliards d'euros, indique-t-il. Comme le gouvernement prévoit une croissance de seulement 1 % en 2012, une charge de la dette plus élevée rendra l'objectif de réduction du déficit plus difficile à atteindre.»

Pour l'heure, la hausse du coût de financement de la France n'est pas alarmante. Le taux des Bons du Trésor à trois mois s'élevait hier à 0,5% contre une prévision de 0,8% pour 2011 d'après la dernière estimation gouvernementale. Pour 2012, le taux moyen est fixé à 1,4% mais il pourrait être inférieur compte tenu du changement de ton de la Banque centrale européenne, qui, après avoir prévu une hausse de taux en 2012, s'oriente vers un assouplissement de sa politique monétaire. Par ailleurs, le projet de loi de finances pour 2012 se base sur un taux moyen annuel des taux à dix ans de 3,7%, après 3,4% pour 2011. Or, hier, l'OAT à 10 ans se traitait à un rendement de 3,45%. Enfin, les récentes tensions sur les rendements n'auront pas d'effets immédiats sur le coût de la dette.

«Il faut plusieurs années pour que les rendements des nouvelles émissions affectent véritablement le coût moyen de la dette», rappelle Alexander Kockerbeck qui prévient cependant qu'une fois la période de taux élevés intégrée, l'effet peut prendre des années à s'estomper.

Un tel risque doit être pris en compte, les tensions sur les rendements français s'inscrivant dans un contexte délicat au niveau européen. «Les perspectives de croissance économique et la crise (de confiance) sur la dette européenne - qui échappent toutes les deux au contrôle total du gouvernement - sont des facteurs de risque importants pour son bilan», souligne l'agence de notation. En France, de plus en plus d'économistes prévoient une croissance quasi nulle en 2012, ce qui pourrait rendre nécessaires de nouvelles mesures afin d'atteindre les objectifs de réduction des déficits (4,5% en 2012 et 3% en 2013). La croissance française menace aussi d'être ralentie par l'austérité mise en place chez ses partenaires commerciaux européens. Enfin, un nouveau soutien de l'Etat au secteur bancaire, pour l'instant pas au programme, pèserait sur ses comptes, indique Moody's.

Dans ce contexte, une dégradation par l'agence de notation de la perspective française semble de plus en plus vraisemblable. Elle ferait écho aux tensions récentes sur le marché obligataire. Le spread OAT-Bund a dépassé la semaine dernière le seuil de 200 pb. Et le contrat de protection contre le risque de défaut de la France à cinq ans (CDS) ressortait hier à 233 pb, en hausse de 11 pb par rapport au niveau de vendredi dernier.

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