La pression pour une Europe à deux vitesses sème le trouble

le 17/11/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le ministre des finances finlandais plaide pour une Europe dans laquelle les six nations notées «AAA» auraient un pouvoir de décision plus important

L’avenir de l’Europe est à réinventer, accentuant les clivages internes en pleine crise de la dette. Dans un entretien accordé au Financial Times, c’est le ministre des finances finlandais, Alexander Stubb, qui remet la pression sur ses partenaires européens pour créer une zone euro à deux vitesses dans laquelle les six nations notées «AAA» auraient un pouvoir de décision plus important que les autres. «Je ne vois pas des pays sortir de l’euro, mais je vois des pays perdre de l’influence» estime-t-il. Et de rajouter qu'«un pays qui n’est pas noté «AAA» ne sera pas le mieux placé pour donner des leçons sur les finances publiques… J’entrevois une force centrifuge d’un noyau dur européen ».

L’idée d’une Europe à deux vitesses avait déjà été évoquée lors de la convention annuelle du parti de la chancelière allemande. Une idée contestée par certains membres de l’Union. Le gouverneur de la banque centrale polonaise a rappelé au Financial Times que les efforts pour résoudre la crise seront vains si le bloc européen «devient divisé entre les pays à l’intérieur et à l’extérieur de la monnaie unique».

Or, la remise en cause du «AAA» français avec un spread entre l’OAT 10 ans et le Bund qui a touché un plus haut de 195 bp hier, crée des dissensions dans le couple franco-allemand. La France se montre de plus en plus favorable à ce que la BCE joue le rôle de prêteur en dernier ressort. La porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse, a rappelé hier que «le rôle de la BCE est d'assurer la stabilité de l'euro, mais aussi la stabilité financière de l'Europe». Et la chancelière allemande d’indiquer qu’elle ne cédera pas à la pression en rappelant hier que «les traités ne lui (la BCE) permettent pas de résoudre ces problèmes». Le ministre français des finances François Baroin a réitéré hier que le FESF doit disposer d'une licence bancaire auprès de la BCE en dépit de l'opposition de Berlin.

Il est pourtant urgent de trouver une solution commune. Le spread entre les contrats Euribor et OIS à 3 mois était à 90 bp hier, contre un plus haut depuis mars 2009 de 97 bp atteint le 3 novembre. L’euro a reculé cette nuit à 1,343 alors que la France adjuge aujourd’hui entre 6 et 7 milliards d’euros de BTAN à 2, 4 et 5 ans, et 0,8 à 1,2 milliard de BTANi 5 ans et d’OAT€i 10 ans, et l’Espagne de 3 à 4 milliards de dette à 10 ans. Le 25 octobre, le Trésor espagnol avait consenti un taux moyen de 5,43%, alors que le taux à 10 ans se traitait à 6,49% hier.

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