Les économistes se préparent à une restructuration lourde de la dette grecque

le 07/09/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'hypothèse d'une décote des titres de 50 %, et non de 21 % comme prévu dans le plan d'aide, devient plus probable malgré le risque de contagion

Décidée le 21 juillet dernier, la deuxième aide à la Grèce met non seulement du temps à se concrétiser, mais la décote de 21% que doit concéder le secteur privé dans ce cadre est jugée insuffisante par les marchés. «Les emprunts d'Etat grec d'une maturité d'un an cotent à 60% du pair», rappelle Alessandro Giansanti, stratégiste taux chez ING. En moyenne, les obligations publiques du pays se traitent à 50%. «Les membres de l'Union européenne devraient suivre de plus près les indication du marché financier en laissant la Grèce restructurer sa dette et en utilisant les liquidités du Fonds européen de stabilité financière pour recapitaliser le système bancaire afin de couvrir les pertes enregistrées sur les emprunts grecs», propose le stratégiste. Dans ce schéma, la Grèce annoncerait un défaut et proposerait aux porteurs de nouveaux titres valant 50% des obligations en défaut.

Une décote supérieure aux 21% prévus dans le plan gagne en crédibilité aux yeux des spécialistes. Dans sa dernière étude sur les banques européennes, S&P fait pour sa part l'hypothèse d'une perte de 50 à 70% sur la dette grecque. Si le plan de participation du secteur privé échoue, «la probabilité à court terme d'une restructuration lourde augmenterait et la Grèce aurait besoin de procéder à une réduction du principal de sa dette de 65%», estime pour sa part la recherche taux de Morgan Stanley. En imposant une forte décote, le pays réduirait ainsi nettement le poids de sa dette. Dans l'hypothèse d'une décote de 50%, le ratio dette/PIB tomberait à 80-85%, d'après une étude d'UBS de juillet dernier, contre plus de 160% actuellement.

Les stratégistes taux de RBS tablent carrément sur un défaut contraint de la Grèce dès cette année, aux alentours de décembre 2011, au moment de l'inspection du Fonds monétaire international dans le pays. D'un côté, Athènes est incapable de mettre en œuvre les réformes et d'atteindre des objectifs trop ambitieux, et, de l'autre, le FMI et l'Union européenne n'assoupliront pas leurs demandes, expliquent-ils. «Tous ces facteurs sont aussi valables pour l'évaluation du FMI de septembre (…), mais les décideurs politiques ont toutes les raisons de garder les yeux fermés et de jouer le bénéfice du doute jusqu'à ce que la situation devienne si clairement négative que rien ne puisse être fait», ajoutent-ils. Evidemment, la contagion au reste de la zone euro serait «violente», précisent-ils.

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