La BCE va devoir poursuivre ses efforts

le 09/08/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque aurait racheté, hier, environ 5 milliards d'euros de dettes espagnoles et italiennes

Photo Bloomberg

Afin d'éviter un vent de panique dévastateur après la perte du «AAA» des Etats-Unis chez S&P, la Banque centrale européenne aurait racheté hier, selon des sources de marché, près de 5 milliards d'euros de dettes italiennes et espagnoles dans le cadre de son plan de rachats de titres. Même si les taux à 10 ans espagnols ont chuté sur leurs niveaux de fin mars à 5,16%, et si les italiens sont revenus à leur niveau de début juillet à 5,27%, l'intervention de la BCE représente une goutte d'eau comparée aux encours de dettes émises par Rome et Madrid.

Selon diverses sources de marché, les rachats d'emprunts d'Etat, dont la majeure partie aurait été réalisée dès l'ouverture des marchés hier, avoisineraient les 5 milliards d'euros, pour des maturités allant de 1 à 10 ans. «La BCE a peut être racheté autour de 5 milliards d’euros de dettes italiennes et espagnoles, avec un biais en faveur de ces premières. Au total, les estimations indiquent 10 milliards de rachats effectués hier, si l’on inclut les dettes grecques, irlandaises et portugaises, explique Ciaran O’Hagan, stratégiste taux chez SG CIB. «Concernant l’Italie, la fourchette de prix offre-demande s’est resserrée de plusieurs centimes sur les BTP. C’est un signe important d’un retour à une certaine normalisation», espère-t-il. Cette intervention sur le marché secondaire des emprunts d'Etat a profité aux courbes de taux espagnole et italienne. Sur les maturités 2,5 et 10 ans, les rendements obligataires hispaniques se sont détendus, dans l'ordre de 111 pb à 3,23%, de 98 pb à 4,39% et 86 pb à 5,17%. Leurs homologues transalpins ont reflué respectivement de 96 pb à 3,55%, de 95 pb à 4,49% et de 80 pb à 5,28%. 

Mais afin de donner du crédit à son action, l'autorité monétaire, qui se substitue comme l'an dernier aux acheteurs ayant déserté le marché secondaire, devra racheter un volume de dettes italienne et espagnole beaucoup plus conséquent pour apaiser le marché, en tout cas plus élevé que celui des dettes grecque, portugaise et irlandaise. Barclays rappelle qu'après son lancement en mai 2010, le programme de rachats (SMP) de l'Eurosystème avait acheté 78 milliards de dettes grecque, portugaises et irlandaises, sur lesquels 74 milliards sont toujours dans le bilan de la BCE. Selon Ciaran O'Hagan, lors des achats de dette grecque en 2010, les flux acheteurs, qui avaient été importants les premières semaines, avaient fortement diminué par la suite. Cette fois, une attitude similaire de l’autorité monétaire serait décevante pour les marchés.

Sur la base d'une offre brute moyenne hebdomadaire de dettes italiennes et espagnoles cumulée actuellement de 5,5 milliards d'euros, Barclays voit, dans le meilleur des cas, la BCE acheter pendant deux mois, 6 milliards de titres par semaine, soit entre 50 et 75 milliards de dette italienne et espagnole. RBS va plus loin et anticipe un volume moyen de 2,5 milliards d’euros de rachats de titres par jour, soit un montant... de 600 milliards s'ils sont maintenus pendant un an. Selon la banque d'outre-Manche, alors que la BCE pourrait intervenir jusqu'à ce que le FESF soit prêt à racheter des obligations, elle pourrait être amenée d'ici là à détenir «près de la moitié de la dette italienne et espagnole négociable». Fin juillet, l'encours de dette brute négociable italienne a atteint les 1.597,5 milliards, à comparer à 576 milliards fin juin pour la dette espagnole !

A lire aussi