La Banque centrale suisse se rebiffe contre l’envolée du franc

le 04/08/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La marge de fluctuation du taux Libor 3 mois a été réduite à 0%-0,25% et des liquidités supplémentaires doivent être injectées sur le marché monétaire

La Banque nationale suisse (BNS) monte au créneau. Considérant le franc suisse comme «actuellement extrêmement surévalué», la banque centrale du pays a surpris les marchés en ramenant hier matin la marge de fluctuation du taux Libor à trois mois, son principal instrument de politique monétaire, à un niveau proche de zéro, entre 0% et 0,25%, contre 0%-0,75% auparavant. La BNS a également indiqué qu’elle comptait augmenter substantiellement les liquidités sur le marché monétaire en francs au cours des prochains jours. Les avoirs détenus par les banques en comptes de virement à la BNS passeront ainsi d'environ 30 milliards de francs actuellement à 80 milliards.

Depuis la dernière réunion de la BNS en juin durant laquelle elle avait considéré le niveau des taux comme «approprié», le franc suisse s’est envolé de 12% contre euro et de près de 35% depuis le début de la crise financière. Une intervention justifiée aussi par le fait que les perspectives pour l'économie suisse se sont «sensiblement détériorées» selon la BNS, avec la vigueur du franc et le ralentissement de l'économie mondiale. Une opinion partagée par UniCredit qui estime que «le rôle de valeur refuge de la monnaie suisse a fait progresser très fortement le risque de récession.» Suite à cette annonce, le franc suisse reculait de 2,3% contre euro à 1,1085 (contre un plus haut de 1,07946 atteint hier sur les marchés asiatiques) et de 1,7% contre dollar à 0,7773 (contre 0,7629 avant l’annonce de la BNS).

La BNS a d’ores et déjà prévenu qu’elle prendra d’autres mesures contre la fermeté du franc «si nécessaire», ouvrant ainsi la porte à des mesures d’assouplissement monétaire de grande ampleur. Divyang Shah, cambiste chez IFR Markets, estime que si les mesures se limitent pour le moment au taux Libor, elles «pourraient se transformer en intervention massive sur le marché des changes pour accroître les liquidités dans l’économie».

Les économistes s’interrogent sur l’efficacité de ces mesures à moyen terme dans la mesure où les taux monétaires étaient déjà, avant l’intervention de la BNS, à des niveaux proches de 0. Le taux repo à une semaine est actuellement à 0,04%. UniCredit précise néanmoins que «même si les mesures prises ne changent pas fondamentalement la situation, le discours agressif de la BNS pourrait aider à une stabilisation de la devise.»

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