Rome et Madrid en alerte sur leurs taux

le 03/08/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les taux à 10 ans italiens et espagnols ont touché hier des records de 6,25% et 6,45%

L'Italie et l'Espagne, qui ont déjà perdu les effets positifs de leurs mesures d'austérité budgétaire et du second plan d'aide à la Grèce, ont hier encore fait les frais de la nervosité des marchés, au lendemain de chiffres américains suggérant une croissance mondiale rampante d'ici à la fin 2011. Le nouveau record de 6,25% atteint par les taux à 10 ans italiens a amené Rome à tenir un comité de stabilité financière. Les taux espagnols se sont traités à 6,45%, pulvérisant leur récent pic de 6,31%.

L'Union européenne a réaffirmé hier n'étudier aucun plan de sauvetage spécifique pour l'Espagne ou l'Italie. Mais, en dépit de sa confiance répétée dans la capacité des deux pays à restaurer leur économie, Bruxelles peine à rassurer le marché des taux. Ce dernier doute plus que jamais des effets positifs que devait avoir le plan grec sur les autres pays périphériques aux finances fragilisées. C’est ce que traduit l’envolée de 59 et de 69 pb depuis le 25 juillet dernier des taux à 10 ans italiens et espagnols, à respectivement 6,251% et à 6,455%. Même si en fin de séance, ceux-ci se traitaient autour de 6,13% et 6,284%, la dynamique de renchérissement actuelle du coût de financement de l’Italie et de l’Espagne fait craindre une spirale haussière, pesant sur le service de la dette des deux pays d’Europe du Sud. D’ailleurs, la perception de la qualité de crédit sur le marché des contrats de protection contre le risque de défaut (CDS) s’est dégradée. Les spreads des CDS italien et espagnol se sont creusés de plus de 32 et 27 pb à 363 et 414 pb, selon les données de CMA. De ces niveaux ressortent des probabilités de défaut cumulé sur 5 ans de 27,4% et 30,5%.

Alors que le spread contre Bunds s’est creusé de 16 pb à 371 pb pour l’Italie et de 19 pb pour l’Espagne à 386 pb, la défiance accrue du marché vis-à-vis de la dette des deux souverains d’Europe du Sud se traduit actuellement par le désengagement de la part des nombreux investisseurs de la classe d’actifs. Cela profite aux titres d’Etats plus liquides et plus sûrs, comme le Bund ou les OAT. D’ailleurs, le rendement nominal des titres allemands sur la maturité 10 ans a touché un plancher de 2,394%, alors que l’inflation en juillet est ressortie outre-Rhin à 2,4%. En termes réels [taux nominal corrigé de l’inflation, nldr], le taux est entré furtivement mardi en territoire négatif à -0,60%. Une première depuis…1957!

L’Espagne qui doit aux yeux du FMI continuer à maintenir le rythme de sa restructuration économique pour faire face au risque de contagion est plus que jamais en alerte. Le Trésor espagnol prévoit d’émettre entre 2,5 et 3,5 milliards de dettes de maturités avril 2014 et janvier 2015 jeudi. Et il risque fort de devoir consentir une prime en nette hausse.

Bien que Diego Lopez Garrido, le secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires européennes, ait déclaré que l’Espagne n’est absolument pas dans un état qui nécessite un sauvetage économique, la situation actuelle est suffisament grave pour inciter le Premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero à reporter ses vacances pour suivre de près l'évolution des taux et pour rester en contact avec la ministre des Finances Elena Salgado. En Italie, c’est aussi le branle-bas de combat. Le ministre des Finances transalpin, Giulio Tremonti, a convoqué hier les membres de la Banque d’Italie et ceux des autorités de marchés nationales à une réunion exceptionnelle.

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