L'Italie perd le bénéfice du sommet européen

le 29/07/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le pays a émis à 10 ans au rendement le plus élevé depuis 2000, et retrouvé les pics de mi-juillet

Huit jours après le sommet européen qui a accouché d’un deuxième plan d’aide à la Grèce, les coûts de financement des pays du sud de l’Europe retrouvent des sommets. L’Italie a dû offrir aux investisseurs les rendements les plus élevés depuis 2000 pour émettre hier à 10 ans, à 5,77%. Les taux ont ensuite continué à s’écarter, approchant les 6%, en raison de rumeurs de départ de Giulio Tremonti, le ministre de l’Economie. Sur ses nouvelles obligations à 3 ans, le pays a trouvé un rendement de 4,8%, un plus haut depuis juillet 2008. Les taux à 10 ans espagnols, eux, sont repassés au-dessus de 6%.

Rome a certes réussi à lever 8 milliards d’euros, sur un maximum de 8,5 milliards visés, et les ratios de demande sur offre se sont inscrits dans la ligne des adjudications précédentes. Reste que l’effet positif du sommet européen est à présent totalement estompé. L’écart de rendement à 10 ans entre l’Italie et l’Allemagne s’est creusé hier à 334 points de base, inscrivant un nouveau pic par rapport aux 332 pb atteints le 18 juillet. Le spread entre emprunts espagnols et Bunds atteint pour sa part 351 pb (contre 367 pb le 18 juillet), alors qu’il était revenu à 285 pb au soir du sommet de Bruxelles. Les CDS italiens et espagnols s’écartaient hier de 18 points de base, non loin des sommets atteints mi-juillet.

Les investisseurs avaient pourtant au moins une raison de se réjouir. Madrid a trouvé mercredi soir un accord sur la réduction des déficits des régions espagnoles, essentielle au respect des engagements budgétaires du pays. Les régions visent un déficit sur PIB de 1,3% en 2012, 1,1% en 2013 et 1% en 2014.

Mais dans un contexte d’aversion pour le risque provoqué aussi par l’absence d’accord sur un relèvement du plafond de la dette américaine, les mauvaises nouvelles pèsent plus lourd. «La faiblesse des indicateurs dans les grandes économies, comme la 12e baisse d’affilée des ventes au détail en Espagne, a changé le point de mire, estiment les stratégistes change de BNP Paribas. Le marché semble porter désormais son attention sur les objectifs budgétaires à long terme des grandes économies en Europe compte tenu des signes de ralentissement de la croissance.»

Les conditions de mise en œuvre de la participation des créanciers privés au sauvetage de la Grèce doivent aussi être précisées. S&P a souligné hier que la mise en défaut sélectif d’Athènes «n’aurait pas d’implication directe sur les notes des banques européennes». La Grèce tenait hier une réunion avec les trois banques qu’elle a mandatées –BNP Paribas, Deutsche Bank et HSBC– pour préparer les opérations d’échange de dette prévues par le plan d’aide. Bercy, de son côté, a indiqué hier que les principaux assureurs français s’engageaient, comme l’ont déjà fait les banques, à participer à cette restructuration. Pour les deux secteurs, «la totalité de leurs expositions à la Grèce arrivant à maturité d'ici à 2020, soit environ 15 milliards d'euros», seront concernées.

Les limites de la Facilité européenne de stabilité financière, identifiées dès la conclusion de l’accord, continuent enfin à peser dans l’esprit des investisseurs. L’EFSF n’a pas vu ses moyens élargis, contrairement à ses missions, et ne pourra intervenir sur le marché secondaire avant que l’ensemble des pays n’aient adopté la réforme du fonds. Un processus à risque qui prendra plusieurs mois. En Slovaquie déjà, le parti libéral, membre de la coalition au pouvoir, s’est prononcé contre une montée en puissance de l’EFSF.

Spreads Italie-Allemagne, 28 juillet 2011
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Spreads Italie-Allemagne, 28 juillet 2011

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