La régulation financière inquiète la Place de Paris

le 06/07/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les banquiers s'interrogent sur la pertinence de certaines règles et leur impact sur le financement de l'économie

La réforme du secteur financier était hier au cœur des débats des rencontres internationales de Paris Europlace. «Les régulations mises en place depuis la crise n'ont pas entravé la croissance économique», y a assuré François Baroin (photo), le ministre des Finances. Pour les réformes en cours, telles que Bâle 3, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a rappelé que les décideurs, pleinement conscients des conséquences économiques possibles, travailleraient «à en limiter les coûts sur l'économie».

Pourtant, tous les projets de réforme voulus par le G20, notamment Bâle 3, affecteront le financement de l'économie européenne, a averti hier Gérard Mestrallet, le président de Paris Europlace, et PDG de GDF Suez. Ce dernier a donc adressé récemment une lettre à Michel Barnier, le commissaire en charge du Marché intérieur et des Services, pour souligner ces problèmes et demander le lancement d'une étude d'impact.

Précisément, le président de Paris Europlace s'inquiète des conséquences des nouvelles régulations, dont Solvabilité 2 pour les assureurs, sur le financement à long terme, en particulier en actions. De plus, compte tenu des montants que devront lever les banques et les Etats sur les marchés obligataires dans les prochaines années, «nous observerons des tensions entre les émetteurs, et un accès plus limité au marché pour les corporates», a-t-il précisé. Le financement des entreprises de taille moyenne risque de devenir particulièrement difficile, l'accès au marché étant pour elles compliqué et le financement bancaire devenant plus rare.

Pour les banques, la mise en place de ces réformes nécessitera une période d'ajustement qui commence dès à présent. «Les investisseurs veulent que nous appliquions les nouveaux ratios réglementaires dès maintenant», a expliqué Samir Assaf, directeur général de HSBC Global Banking & Markets. «Les changements commencent maintenant car les décisions prises aujourd'hui auront un impact dans les années à venir», a ajouté Frédéric Oudéa, PDG de Société Générale. Il souhaite que les ajustements demandés aux banques soient «gérables» et que l'on accorde au secteur bancaire une période de transition de trois à quatre ans.

Deux pans de la nouvelle régulation bancaire inquiètent particulièrement Michel Pébereau, président de BNP Paribas. «Le ratio de liquidité à court terme dans Bâle 3 et les règles pour les SIFI (établissements financiers d'importance systémique, ndlr) auront des conséquences graves sur la croissance, l'économie et l'emploi», a-t-il averti. Il demande que le ratio de liquidité soit sorti de la directive européenne CRD 4 et qu'il soit remplacé par une exigence de reporting. Concernant les banques systémiques, «les réformes réglementaires ont déjà réduit le risque systémique», estime Michel Pébereau qui met en garde contre un «millefeuille de régulations coûteuses».

Enfin, l'arbitrage réglementaire préoccupe les banques européennes. Les Etats-Unis pourraient en effet repousser l'application des règles de Bâle 2.5, prévue pour fin 2011, d'après une note d'analystes de JPMorgan du 1er juillet, ce qui suscite des interrogations sur le calendrier de la mise en place de Bâle 3 outre-Atlantique.

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