L’AMF demande l’interdiction des fonds à valeur liquidative constante

le 31/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Si ces produits n’existent pas en France, ils peuvent y être vendus via des fonds domiciliés au Luxembourg ou en Irlande

A l’occasion de la publication de sa cartographie 2011 des risques sur les marchés financiers, l’Autorité des marchés financiers (AMF) souligne quatre risques en croissance: le trading à haute fréquence, qui rend le marché de plus en plus difficile à lire et à surveiller; les produits complexes, présentant des risques très élevés pour les particuliers; les risques possibles de divergence et d’arbitrage réglementaire si les réformes en cours ne vont pas jusqu’au bout des deux côtés de l’Atlantique; et enfin les fonds monétaires à valeur liquidative constante (CNAV).

Ces fonds, censés être parfaitement liquides, affichent une valeur qui n’est pas la vraie valeur du fonds. En cas d’accident de marché, l’écart entre la valeur de marché et la valeur réelle va créer un «run», tous les investisseurs voulant sortir en même temps. C’est ce qui s’est passé aux Etats-Unis après la faillite de Lehman Brothers : le fonds Primary Reserve n’a pas été en mesure de maintenir sa valeur liquidative à hauteur d’un dollar, entraînant une sortie massive de 300 milliards de dollars (près de 10% des encours) sur les fonds monétaires en moins d’une semaine. Les autorités américaines ont dû alors intervenir massivement.

Si ce dispositif risqué «n’est pas possible en France pour des raisons comptables, il se développe en Europe », prévient Thierry Francq, secrétaire général de l’AMF. Certains gérants français comptent en effet développer leur offre sur ce segment via des fonds domiciliés au Luxembourg ou en Irlande.

Le Conseil de stabilité financière discute déjà des options possibles pour mieux encadrer les risques de ces fonds. Pour sa part, l’AMF a déjà saisi le conseil européen du risque systémique (ESRB) et veut obtenir l’interdiction de ces fonds à valeur liquidative constante. L’enjeu est d’autant plus important que ces fonds pèsent désormais plus d’un tiers (37%) des fonds monétaires européens, soit 458 milliards d’euros, contre seulement 20% en 2005 (168 milliards).

Par ailleurs, l’AMF et l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) dévoileront prochainement des mises en garde sur certains produits sur le marché des changes, offrant sur internet des effets de levier jusqu’à 400%. Si nécessaire, l’AMF pourrait transférer des dossiers au Parquet. Ces produits ne sont pas interdits, néanmoins certains d'entre eux, très risqués, ne devraient pas utiliser de la publicité auprès du grand public pour le régulateur.

A lire aussi