Empêtrée dans une crise institutionnelle, la Belgique reçoit un avertissement de Fitch

le 24/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'agence a abaissé de «stable» à «négative» la perspective du souverain. Elle souligne la persistance de la crise politique outre-Quiévrain

Aux mêmes causes les mêmes effets. Sur les traces de Standard & Poor's qui avait pris cette décision en décembre dernier, Fitch a placé hier la note «AA+» de la dette souveraine de la Belgique sous surveillance négative. Comme sa consœur à l'époque, l'agence de notation souligne un risque politique «plus élevé» que dans les autres pays de la zone euro. «Sans accord politique au sujet de la réforme constitutionnelle, il sera difficile de parvenir à un budget équilibré, tel que prévu dans le programme de stabilité», prévient Fitch. Et l'agence d'évoquer la nécessité d'une vaste réforme de la sécurité sociale, un chantier qui risquerait d'aviver les tensions entre les communautés linguistiques.

«Une réduction durable de la dette (96,6% du PIB en 2010, ndlr) exigera une réforme ainsi qu'une discipline en matière budgétaire au cours des prochaines années, ce qui à son tour requiert un nouveau gouvernement avec un mandat renouvelé», s'inquiète encore Fitch. Le pays traverse une crise politique sans précédent, démuni de gouvernement depuis plus d'un an. Mais dans ce tableau sombre, Fitch souligne quelques notes d'espoir. «En dépit de la querelle politique en cours, la gestion budgétaire au jour le jour est restée solide, permettant à la Belgique de conserver sa notation high grade», explique Douglas Renwick, directeur chez Fitch. En outre, la Belgique a réussi en 2010 à limiter son déficit à 4,1% du PIB, un niveau meilleur qu'attendu. Et le gouvernement en affaires courantes a reçu la semaine dernière l'appui des parlementaires pour un budget 2011 qui vise une réduction du déficit à 3,6% du PIB.

Le ministre des Finances, Didier Reynders, s'est dit par ailleurs très confiant sur la trajectoire budgétaire à court terme. «Notre budget 2011 est en effet basé sur des estimations très prudentes notamment en matière de recettes. De plus, nous n'avons par exemple pas intégré une éventuelle contribution plus élevée des producteurs d'électricité en compensation de la rente nucléaire», a-t-il expliqué à l'agence Belga. Pour nombre d'observateurs en Belgique, cette mise sous surveillance répond avant tout à l'inquiétude des investisseurs. Le spread à 10 ans contre Bund s'est écarté hier à 127 points de base, un plus haut de quatre mois environ. Le pays a néanmoins réussi à lever hier à bon compte 3,39 milliards d'euros, profitant d'une demande en hausse.

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