L'exemple britannique pourrait inspirer les Etats-Unis

le 20/04/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

S&P avait déjà passé à négative sa perspective sur la note de la Grande-Bretagne en 2009, avant de faire marche arrière grâce aux efforts de Londres

Un grand pays noté AAA et dont S&P abaisse soudainement la perspective de «stable» à «négative»… Le cas s’est déjà produit dans l’histoire récente, pas plus tard qu’en 2009. Le 21 mai de cette année-là, l’agence de notation avait réaffirmé le triple A de la Grande-Bretagne tout en adoptant une perspective négative.

S&P invoquait alors des raisons assez proches de celles qui l’ont conduite le 18 avril à tirer la sonnette d’alarme sur la dette des Etats-Unis. Et l’exemple britannique pourrait avoir des vertus pédagogiques pour Washington. Moins d’un an et demi après son coup de semonce, S&P a en effet repassé à stable sa perspective sur la dette de la Grande-Bretagne le 26 octobre 2010.

«La révision de la perspective de la note britannique est tombée environ un mois après la présentation du budget final d’Alistair Darling», le grand argentier du précédent gouvernement, rappelle Alan Clarke, économiste de BNP Paribas. Ce budget prévoyait de diviser par deux le ratio de déficit sur PIB pour l’exercice fiscal 2013-2014, à 5% du PIB environ, mais sans trop de détails. Un rythme insuffisant aux yeux de l’agence, pour qui «même en tenant compte de mesures d’austérité budgétaire additionnelles, le ratio de dette publique pourrait approcher 100% du PIB et rester à ce niveau à moyen terme». Le tout à un an des élections législatives outre-Manche.

L’écart de rendement entre les emprunts britanniques à 10 ans et le Bund allemand, qui était de 10 points de base le 21 mai 2009, s’est accru ensuite régulièrement, du fait aussi d’une inflation supérieure. Jusqu’à toucher 120 pb en mai 2010 à l’annonce des résultats des élections, qui rendaient indispensable la formation d’une coalition entre libéraux et conservateurs avec les risques qu’un tel attelage présentait pour les marchés. Londres a pourtant vite redressé la barre, en présentant le 22 juin 2010 un budget d’urgence très ambitieux qui se fixait l’objectif d’un déficit de 1,1% du PIB à l’horizon 2015-2016. La compression du spread Gilt-Bund, entamée quelques semaines avant la présentation du budget, s’est alors poursuivie. L’écart est aujourd’hui de 30 pb. Les parlementaires américains savent désormais ce qu'il leur reste à faire pour renverser la tendance.

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