S&P met les Etats-Unis devant leurs responsabilités

le 19/04/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’absence de ligne claire sur les déficits justifie la perspective négative sur le triple A du pays

Le siège de Standard & Poor's, photo: Jin Lee/Bloomberg

Premier tir de sommation. Après les notes des pays périphériques, S&P s’en prend au «AAA» des Etats-Unis. Hier, l’agence a baissé la perspective de la notation à long terme de la puissance américaine de «stable» à «négative». Pointant du doigt ses «très larges déficits budgétaires» et son «endettement croissant» comparé aux autres pays notés AAA, S&P ne juge pas très clair le chemin emprunté par le pays pour traiter ces questions. En réaction, les taux longs se sont tendus, les bourses ont accru leurs pertes et l'euro/dollar a reculé de plus de 2 cents à 1,4217.

S&P évalue à une chance sur trois la probabilité qu'elle puisse abaisser la note long terme des Etats-Unis d'ici deux ans. L'agence cite le risque accru que les négociations politiques - sur le calendrier et la manière de traiter les défis budgétaires à moyen et long terme - durent au moins jusqu'aux élections nationales de 2012. En cas d'absence d'accord d'ici à 2013, le profil budgétaire américain, même dans le scénario optimiste de l’agence, s'en retrouverait moins robuste que d’autres pays au sein de la catégorie AAA. Et ce malgré une croissance soutenue par la politique monétaire de la Fed, des pressions inflationnistes contenues et le statut de valeur refuge endossé par le dollar. «Dans notre scénario pessimiste, le déficit serait de 9,1% du PIB tandis que la dette nette dépasserait les 90 % d’ici 2013».

De son coté, Moody’s a précisé hier que sa perspective du AAA des Etats-Unis restait stable mais que la trajectoire haussière de la dette et les pressions budgétaires accrues augmenteraient la probabilité d’un changement de notation d’ici deux ans. Sa seule décision négative remonte à janvier 1996, l'agence ayant placé les notes de certains titres d'Etat américains à l’étude pour une possible dégradation, lorsque les Etats-Unis n’avaient pas réussi à l'époque à relever la limite de leur dette statutaire. En mars 1996, le pays avait fini par relever son plafond. «Le fait que S&P n’ait pas du tout évoqué le plafond signifie que dans le cas où le débat sur ce point venait à être résolu, cela ne serait pas suffisant pour restaurer la perspective à stable», note Barclays Capital.

Début avril, le secrétaire au Trésor Tim Geithner a informé le Congrès qu’en absence d’actions, la limite de la dette fédérale de 14.290 milliards de dollars serait rompue dès le 16 mai. Il avait annoncé des mesures pour un sursis jusqu’au 8 juillet.

La semaine dernière déjà, dans les perspectives du FMI, la trajectoire budgétaire américaine paraissait bien plus inquiétante que celle de la zone euro. Selon le Fonds, «les ajustements nécessaires s’élèvent à plus de 10 % du PIB pour les Etats-Unis», contre «de 6% du PIB environ pour le Portugal à plus de 10% du PIB pour la Grèce et l’Irlande». L'institution indique que le ratio dette brute/PIB des États-Unis dépasserait 110% d’ici à 2016, contre moins de 90% dans la zone euro.

La décision de S&P implique, selon Natixis, une détérioration de la perspective économique à moyen terme au vu de l'intensification de la pression à la hausse sur les taux. Le FMI craint des hausses brutales des taux aux États-Unis qui déstabiliseraient les marchés obligataires mondiaux. «Dans ce contexte, la position de la Fed devient même plus délicate. Les pressions des marchés financiers sur les taux d’intérêt pourraient nourrir un retour à un sentiment plus accommodant du comité de politique monétaire, ajoute Natixis. Le destin du QE2 (assouplissement quantitatif qui s'achève en juin) n’est du coup plus si clair».

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