La BCE prépare un cycle haussier

le 08/04/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Après le geste de 25 points de base hier, elle pourrait encore relever le taux de refi en juin ou juillet

Avec sa rhétorique bien particulière, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a conforté hier les anticipations du marché du démarrage d’un cycle haussier. Pré-annoncé début mars, le relèvement du refi de 25 points de base (pb) à 1,25 % hier sera certainement suivi d’autres gestes similaires cette année, ce qui porterait le taux directeur au moins à 1,75 %. «Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour assurer la stabilité des prix», a rappelé hier Jean-Claude Trichet.

En indiquant que la BCE surveillait «de très près» tous les développements susceptibles d’augmenter les risques menaçant la stabilité des prix, au lieu d’évoquer une «forte vigilance», Jean-Claude Trichet a écarté la possibilité d’une nouvelle hausse de taux dès le mois de mai. Mais, compte tenu du discours tenu hier par le président de la BCE, les économistes s’attendent à un prochain geste de la BCE en juin ou en juillet. De fait, la banque centrale juge encore la politique monétaire actuelle «très accommodante». Par ailleurs, son évaluation de l’inflation a changé depuis début mars, analyse Carsten Brzeski, économiste senior chez ING. «Le nombre de risques a augmenté car la croissance économique dans les marchés émergents et l’abondante liquidité au niveau mondial ont été ajoutées à la liste», précise le spécialiste.

Interrogé sur le démarrage d’un cycle haussier, Jean-Claude Trichet a indiqué que la BCE n’avait «pas décidé aujourd'hui que (la hausse) était la première d'une série de relèvements des taux d'intérêt». Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas une série de hausses, pointe Ken Wattret, chef économiste pour la zone euro chez BNP Paribas. Des déclarations similaires avaient été faites en décembre 2005 après la première hausse de taux du dernier cycle haussier de la banque centrale, rappelle-t-il.

«La décision de la BCE était largement attendue, elle ne devrait donc pas provoquer de mouvements significatifs sur les marchés monétaire et obligataire dans les jours à venir», anticipe Stefan Isaac, gérant taux chez M&G. Les contrats futures Euribor ont légèrement réagi. La BCE a par ailleurs maintenu le corridor de 150 pb autour du refi, soit un taux de la facilité de dépôt qui passe de 25 à 50 pb et sert de plancher à l'Eonia.

Parmi les économistes, le geste de la BCE, même attendu, provoque encore des réactions épidermiques. Le patron de la gestion de Raiffeisen Capital Management Robert Senz parle d’une «erreur de politique monétaire» et s’inquiète en particulier des conséquences économiques en Espagne où les hausses des taux vont toucher les emprunteurs immobiliers. 95% des prêts immobiliers y sont en effet à taux variable. Le gérant rappelle aussi que l’inflation est principalement due à la hausse des prix du pétrole et que, dans ce contexte, il «n’y a pas de nécessité spécifique à agir».

Plus mesurés, d’autres spécialistes s’inquiètent cependant de l’effet sur la zone euro. «Taille unique… tant pis pour les petits», résume Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo Securities. «Le début du cycle de normalisation augmentera la divergence au sein de la zone euro», estime Carsten Brzeski. L’effet global sur l’économie européenne devrait cependant rester mesuré. «Hors situation de crise généralisée, un taux refi inférieur à 2,50% ne peut pas être considéré comme restrictif pour l’activité, estime Bruno Cavalier. Une hausse de 100 pb d’ici 12 mois laisserait le taux réel au voisinage de zéro».

courbe des taux allemands
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courbe des taux allemands

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