L'Italie dresse sa ligne de défense contre les raids français

le 24/03/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le gouvernement a adopté un décret-loi autorisant les sociétés cotées à proroger leur assemblée. Parmalat pourrait ainsi s’organiser contre Lactalis

Le rachat du joailler Bulgari par le groupe LVMH, les manœuvres d'EDF pour prendre le contrôle direct de Edison ou encore les velléités de Groupama sur l’assureur Fondiaria-Sai avaient déjà passablement échaudé le ministre de l’Economie italien Giulio Tremonti, qui avait annoncé samedi son intention de prendre des mesures pour protéger «les entreprises stratégiques nationales». La montée éclair de Lactalis, mardi, à 29% dans le groupe laitier Parmalat a été la goutte qui a fait déborder le vase et accélérer le processus.

Dès hier, un décret-loi a été adopté en conseil des ministres afin de permettre aux entreprises italiennes cotées de «repousser leur assemblée jusqu’à 180 jours de la clôture de leur exercice 2010». Ce décret vise clairement Parmalat, dont l’assemblée générale convoquée pour les 12 et 14 avril pourra ainsi être renvoyée à fin juin, lui laissant le temps de préparer sa contre-offensive en trouvant de nouveaux alliés italiens prêts à stopper le groupe laitier français devenu son premier actionnaire.

L’organisation patronale Confindustria a indiqué que la mesure nuira à la capacité du pays à attirer des capitaux étrangers.

Le gouvernement de Silvio Berlusconi ne compte pas en rester là. Il envisage de présenter de nouvelles mesures protectionnistes. «Le ministre de l’Economie a illustré d’autres hypothèses d’intervention qui pourraient prendre la forme d’amendements à ce décret-loi, avec l’accord préalable de Bruxelles», indique-t-il.

Ce dispositif évoqué ces derniers jours par Giulio Tremonti vise à limiter la prise de participations de groupes étrangers dans des secteurs considérés comme stratégiques, tels l’alimentaire, les télécommunications, l’énergie et la défense. Il s’inspirerait, selon la presse italienne, de mesures similaires prises par la France en 2005. Ces mesures anti-OPA reposeraient notamment sur un principe de réciprocité, permettant aux entreprises attaquées de se défendre à armes égales en utilisant les mêmes normes de défense en vigueur dans le pays de leur prédateur.

«Notre système est plus opéable que les autres, pour des questions de dimensions, mais pas seulement. Le mécanisme de pactes d’actionnaires et de sociétés emboîtées les unes dans les autres, qui a servi par le passé à ériger une ceinture de protection pourrait avoir aujourd’hui un effet opposé, c’est-à-dire celui de favoriser les OPA de l’étranger», explique Giuseppe Vegas, le président de l’autorité boursière italienne.

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