La Fed reste seule à ne pas s’inquiéter de la hausse du prix des matières premières

le 04/03/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Après la BoE, hausse des prix alimentaires et tensions sur le prix du baril forcent la BCE à considérer une hausse de ses taux en avril

En continuant de refuser de tenir compte de la hausse du prix des matières premières dans ses anticipations d’inflation, la Fed se retrouve aujourd’hui bien isolée. «Le monde devra s’habituer à des prix alimentaires élevés» prévient le FMI. L'indice mondial du prix des produits alimentaires publié jeudi par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et de l'agriculture (FAO) a atteint un nouveau record en février. Il s’agit du huitième mois consécutif de hausse de l’indice, qui a progressé de 40% depuis juin dernier, rejoignant ses plus hauts de juin 2008. Thomas Helbling, responsable du Département de recherche du FMI, a estimé hier que ce mouvement devrait perdurer. Plus tôt, Caroline Atkinson, porte-parole de l’institution, s’était déclarée «extrêmement inquiète» de l’impact de la hausse des prix alimentaires sur les populations pauvres.

Parallèlement, le cours du Brent de la Mer du Nord sur le marché londonien pour livraison en avril était de 114,79 dollars, en légère baisse après deux jours de fortes tensions liées à la persistance des tensions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Et le secrétaire de la FAO, Abdolreza Abbassian, d’estimer que «si le pétrole n’a pas été un élément moteur jusqu’à présent cette saison, il pourrait bientôt de nouveau engendrer les problèmes connus en 2008».

Dans ce contexte, la BCE a ouvert hier la porte à une hausse de ses taux directeurs dès avril (voir page 2), citant la hausse du prix des matières premières comme motif de «grande vigilance» sur l’évolution de l'indice global des prix. Ce changement de ton, dans un contexte de durcissement des conditions monétaires dans le monde émergent, et d’un durcissement du ton de la banque d’Angleterre, met la pression sur la Fed, qui reste la seule à déterminer sa politique monétaire sur l’indice d’inflation sous-jacent.

Le caractère persistant de la hausse de ces prix «volatiles» pèse sur l’économie réelle et les effets de second tour commencent à se manifester. D’ailleurs, les marchés commencent à anticiper une hausse de l’inflation aux Etats-Unis. Le Tips a ainsi touché hier son plus haut niveau depuis juillet 2008 à 2,51%. «Le fait que la BCE souhaite remonter ses taux avant la Fed indique-t-il que la BCE fait une erreur ou est-ce un signe que la Fed se situe aujourd’hui vraiment behind the curve» se demande la société de gestion GaveKal.

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