La BCE évoque une hausse des taux dès avril

le 04/03/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le ton de la banque centrale, en « grande vigilance » sur la stablité des prix, a surpris les marchés

Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a ouvert hier la porte à une «possible» hausse des taux en avril. Il a précisé que l’institution est en position de «grande vigilance» à l’égard des risques orientés à la hausse pesant sur les perspectives d'évolution des prix à moyen terme et que ses membres étaient prêts à agir de «manière ferme et en temps opportun». A la suite de ce discours agressif inattendu, le taux allemand à 2 ans a bondi de 20 pb à 1,74%. L’euro est passé de 1,383 à un plus haut de 1,397.

La BCE a revu à la hausse ses prévisions pour l’inflation européenne harmonisée (HICP). L’institution la voit en 2011 entre 2% et 2,6%, soit un milieu de fourchette à 2,3%, contre 1,8% précédemment. Elle a été estimée en février par Eurostat à 2,4%, après 2,3% en janvier. En 2012, la BCE table sur une inflation entre 1% et 2,4%, soit un milieu de fourchette de 1,7% à comparer à 1,5% auparavant. «L’inflation est désormais attendue avec une quasi-certitude au-dessus de 2% cette année et le risque qu’elle dépasse encore ce niveau en 2012 a augmenté», note Aurel BGC. Mais Jean-Claude Trichet a aussi souligné que la politique monétaire actuelle «très accommodante» a apporté un soutien considérable à l’économie. D’ailleurs, la prévision de la BCE pour le PIB européen en 2011, est passée de 1,4% à 1,7% pour 2011 et de 1,7% à 1,8% pour 2012.

Jean-Claude Trichet a pris de court les marchés qui jouent désormais une hausse de taux en avril. «Nous ne pensions pas que la BCE parlerait de “forte vigilance” mais nous avions souligné qu’au regard de l’expérience de 2004-2005, la BCE peut changer sa rhétorique de manière très brutale. C’est ce qui est arrivé hier Nous jouons désormais une hausse de 25 pb du refi à 1,25% en avril», explique JPMorgan. Sauf mauvaises nouvelles sur l’activité ou bonne surprise sur l’inflation, la BCE pourrait donc dès le mois prochain être la première des grandes banques centrales occidentales à engager un resserrement monétaire.

Hier, Jean-Claude Trichet a nuancé ses propos en précisant qu’une hausse des taux n’est «pas certaine» et qu’elle «ne signale certainement pas le démarrage d'une série de hausse des taux». Mais pour BNP Paribas, «la position de la politique monétaire a été décrite hier comme étant très accommodante et une hausse de 25 pb ne changera rien. De plus, les chiffres d’inflation vont devenir très problématiques pour [la BCE] ces prochains mois». La banque française voit, en plus d'avril, des gestes de 25 pb en juin, septembre et décembre, le refi atteignant 2% fin 2011.

Pour le marché obligataire, «ce discours sur l’activité est potentiellement négatif pour les taux longs, mais la BCE renforce sa crédibilité dans la lutte contre l’inflation, remarque Aurel BGC. In fine, la courbe pourrait donc s’aplatir ces prochains mois».

En revanche, la séparation des politiques de taux et de gestion de la liquidité commence à devenir une évidence, la BCE ayant maintenant ses mesures de liquidités exceptionnelles. Les opérations principales de refinancement (MRO) et celles à maturité spéciale (STRO) seront conduites à taux fixe et de façon illimitée autant que nécessaire. Des injections à 3 mois sont prévues les 27 avril, 25 mai et 29 juin 2011, à un taux révisable qui sera la moyenne des taux refi de la période. Illimitée, la liquidité se renchérira donc de 25 pb, ce qui pénalisera surtout les banques les plus fragiles de la zone euro, dépendantes du financement BCE. 

taux courts et euro/dollar
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