Petit historique des grands cycles monétaires

le 24/02/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Tandis que les marchés anticipent des sorties proches des politiques à taux zéro, et réagissent nerveusement aux moindres déclarations, il nous semble utile de rappeler l’histoire monétaire pour relativiser la situation actuelle.

Depuis la fin de l’ère Volcker (1979-1987), la Fed est bien moins sensible à l’inflation. Sous Paul Volcker, la cible de politique monétaire est M1 puis M2 et les Fed funds épousent très fidèlement le cycle des prix, occultant même totalement l’objectif de plein emploi dont la Fed a hérité en 1978. Les priorités se déplacent alors que les Etats-Unis font de douloureuses expériences financières (faillite des caisses d’épargne, krach boursier); et en 1993, Alan Greenspan abandonne le ciblage des agrégats monétaires. Sa politique de taux sera sensible aux marchés financiers, la réaction à l’inflation très tardive. Aucun durcissement n’est opéré sur ce motif avant mi-1999. Arrivé en 2006, quasiment à la fin du resserrement, Ben Bernanke doit surtout lutter contre le risque déflationniste, et le combat n’est toujours pas gagné.

La Banque d’Angleterre ne se dote d’une cible d’inflation qu’après sa sortie du MCE en septembre 1992. Mais la cible d’inflation est modifiée à plusieurs reprises (1995, 1997, 2003) et on sent bien que sa politique de taux hésite à trancher entre inflation et croissance. Dans ses minutes, la justification des hausses de taux s’appuie toujours sur une accélération de la croissance ou sur une croissance forte. Aujourd’hui seul le risque inflationniste dérange la BoE.

La BCE est la banque centrale qui probablement cible le plus intensément l’inflation. A la hausse comme à la baisse, c’est toujours l’argument inflationniste qui motive ses décisions. Il faut objecter que, contrairement à la Fed ou à la BoJ, la BCE n’avait pas encore fait l’expérience d’une crise bancaire lorsqu’elle remonte les taux sur le risque pétrolier en juillet 2008. Aujourd’hui, c’est différent. Les CDS des banques européennes sont bien plus élevés qu’ailleurs.

taux directeurs des banques centrales
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