La banque centrale brésilienne pousse les taux à des niveaux vertigineux

le 21/01/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’institution a porté ses taux directeurs à 11,25 %, risquant une nouvelle flambée du real et un fort ralentissement de la demande intérieure

Le Brésil en fait-il trop ? Afin de contenir la hausse des tensions inflationnistes, le comité de politique monétaire de la banque centrale brésilienne a décidé mercredi soir de relever le taux directeur Selic de 50 points de base pour la première fois depuis juillet, à 11,25%. Une telle hausse risque fort d’attirer les capitaux étrangers à la recherche de rendements attractifs et ainsi de faire remonter encore plus la devise brésilienne. Après une croissance estimée à environ 7,5% en 2010, l’économie brésilienne fait face à son plus fort niveau d’inflation depuis 6 ans, de 5,91% en 2010. Les analystes n’anticipent qu’une baisse modérée à 5,5% en 2011, un niveau supérieur à l’objectif de 4,5%, plus ou moins 2 points de pourcentage.

Et le nouveau président de la Banque centrale, Alexandre Tombini, ne compte pas s’arrêter là. «Nous sommes au début du processus d’ajustement des taux directeurs dont les effets, couplés aux mesures macro-prudentielles, vont contribuer à faire revenir l’inflation vers son objectif». Les marchés anticipent ainsi des hausses de 200 points de base (bp) d’ici à la fin de l’année, alors que le gouvernement dirigé par la présidente Dilma Rousseff s’est lancé dans une politique budgétaire restrictive, qui pourrait se substituer au resserrement monétaire. Dans ce contexte, le Crédit Agricole prévoit «un ralentissement de la croissance vers 4,2% en 2011, un niveau inférieur à la croissance potentielle. Ceci provoquera une baisse de l’inflation et pourrait créer les conditions d’un assouplissement en 2012».

A plus de 5%, les taux réels restent les plus élevés du monde développé et pénalisent la demande intérieure. Les économistes estiment que des taux d’intérêt optimaux se situent au niveau de la croissance du PIB, soit autour de 7%. Ce niveau structurellement élevé des taux d’intérêt dans une économie qui épargne peu et repose sur les investissements étrangers, fait une vitcime: le real, qui s’est apprécié de 40% contre dollar en deux ans. Soucieuses de trouver de trouver un relais de croissance extérieur, les autorités ont mis en place des mesures sur les dépôts des banques en dollars, alors que la banque centrale était déjà intervenue sur le marché des changes afin de freiner la hausse du real.

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