L'Europe vise une réforme de l'EFSF d'ici à mars

le 17/01/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les ministres des Finances se réunissent aujourd'hui mais rendront leurs conclusions fin mars

Illustration Thinkstock

Réunis ce soir en Eurogroupe et demain en Ecofin à Bruxelles, les ministres des Finances de la zone euro et de l’Union européenne plancheront sur le sujet du moment: une évolution du Fonds européen de stabilité financière (EFSF). Il faudra cependant attendre les sommets du 3-4 février et surtout du 24 et 25 mars, celui où les grands argentiers feront leurs propositions aux chefs d’Etat, pour aboutir à des conclusions concrètes. Ce qui promet encore quelques semaines de volatilité sur les dettes souveraines en zone euro.

Les dirigeants européens commencent à se faire à l’idée que l’EFSF n’est pas satisfaisant dans sa forme actuelle. Doté de 440 milliards d’euros de garanties, et compte tenu des défections de la Grèce et de l’Irlande, il ne peut en réalité emprunter que 350 milliards sur les marchés, et prêter 255 milliards. Cette architecture était nécessaire à l’obtention de sa note AAA.

«Une augmentation du Fonds européen de stabilité financière est une option que l'on regarde, bien sûr», a indiqué vendredi la ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, tout en plaidant pour une approche globale combinant d’autres instruments, comme le mécanisme européen de stabilité (MES) censé prendre le relais à partir de 2013. Les nouvelles modalités du Fonds, y compris son chiffrage, que Christine Lagarde a refusé de préciser, devront être soumises aux parlements nationaux. Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a plaidé de son côté dimanche pour une amélioration «en quantité et en qualité» du dispositif.

La position allemande est moins lisible, la coalition au pouvoir ne parlant pas d’une même voix. D’où les informations contradictoires qui ont filtré ces derniers jours sur la position de Berlin. Vendredi, le porte-parole du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a indiqué que ce dernier planchait sur les «mécanismes» du Fonds plutôt que sur un accroissement pur et simple de sa taille, afin que ce dernier puisse effectivement prêter jusqu’à 440 milliards d’euros, le chiffre annoncé aux marchés. Ce qui pourrait passer, de source proche, soit par une hausse des garanties apportées à l’EFSF, soit par une dotation supplémentaire du Fonds en capital.

D'autres options seront évoquées. Son champ d’intervention aurait aussi intérêt à être élargi, avec des prêts accordés à un Etat en difficulté de manière préventive, sans attendre que ce dernier soit complètement exclu des marchés de dette.

L’EFSF pourrait aussi racheter de la dette publique sur le marché secondaire. Une option vue d’un bon œil par la BCE, qui lèverait alors le pied sur ses propres rachats de dette, mais aussi par les observateurs. «Permettre à l’EFSF d’intervenir sur le marché secondaire pourrait être un moyen de mettre en œuvre une restructuration partielle, et volontaire, de la dette d’un pays périphérique, à un niveau inférieur au nominal», estime même David Watts, chez CreditSights. Exemple: après avoir racheté des titres grecs à 2 ans au prix de marché (moins de 70% du pair), le Fonds pourrait autoriser la Grèce à ne rembourser que ce prix facial à la maturité des titres, et non le nominal.

Plusieurs économistes plaident également pour une baisse du taux auquel le Fonds prête aux Etats en difficulté, aujourd’hui proche de 6% pour l’Irlande, afin de rendre la charge de la dette plus soutenable. Une autre idée est enfin évoquée: que l’EFSF puisse servir à remettre d’aplomb les banques fragiles, une fois que la deuxième série de tests de résistance menée au printemps aura livré ses résultats.

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