Le Portugal et l'Espagne réduisent leurs émissions

le 30/12/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les Etats placeront en 2011 dans l'ordre 20 et 47,2 milliards d'euros de dettes moyen long terme

Le Portugal et l'Espagne, qui ont annoncé des mesures drastiques visant à réduire leur déficit, ont estimé leurs besoins d’emprunts en 2011 respectivement à 20 milliards et 47,2 milliards d'euros contre 25 milliards et 62,1 milliards en 2010. Ces montants seront financés par de la dette moyen long terme. Mais les souverains sont mis sous pression par les agences. La récente dégradation du Portugal par Fitch a placé le pays dans une mauvaise dynamique alors qu’il devra tester le marché primaire et rembourser 10 milliards de dette.

En 2011, le financement net du Portugal se concentrera sur les émissions brutes d'emprunts obligataires gouvernementaux (OT), entre 18 milliards et 20 milliards, contre 20 milliards à 22 milliards cette année. L'IGCP, l’agence en charge de la dette portugaise, prévoit la création d'une à deux nouvelles séries d'OT qui seront placées par syndication et pour un montant minium de 3 milliards d'euros. Toutefois, aucune maturité n'a été dévoilée contrairement à l'année dernière. Preuve que le pays manque de visibilité sur les conditions de marché. Pour autant, l'émetteur souverain prévoit de lancer une nouvelle OT syndiquée au premier trimestre et la réouverture de 4 à 6 séries d'OT, ainsi que 10 nouvelles souches de Bons du Trésor. L'IGCP en allouera, entre janvier et mars, un maximum de 7,25 milliards de souches nouvelles et existantes. 

La capacité du Portugal à atteindre ses objectifs de réduction du déficit sera mise à rude épreuve. Pour UniCredit, la perspective budgétaire en 2011 comporte des risques, notamment celui que les perspectives de croissance se révèlent plus faibles qu'attendu. En déclassant d'un cran la note du Portugal, Fitch a voulu tenir compte d'une réduction beaucoup plus lente du déficit des comptes courants, d'une détérioration à court terme des perspectives économiques et d'un environnement de financement rendu encore plus difficile pour le gouvernement et les banques.

Le marché primaire de la dette souveraine risque donc de tester la crédibilité du Portugal. Selon UniCredit, dans le cas où le pays arrive à revenir sur le marché l'année prochaine, il aura à financer 10 milliards de remboursements de dettes sur le premier semestre - en avril et en juin - et 8 milliards de déficit, au total 18 milliards de besoins d'emprunts. De plus, le souverain devra refinancer autour de 3,5 milliards d'euros de bons du Trésor par mois au premier trimestre. Pour UniCredit, «au vu du profil des remboursements l'année prochaine, le Portugal aurait besoin de réaliser la plupart de ses émissions au premier semestre». Dans l'environnement actuel, la banque juge plus qu'improbable que le pays arrive à financer ses besoins sur le marché en 2011. D'ailleurs, le pays européen a vu, depuis cet été, ses taux à 2 et 10 ans croître d'environ 170 pb à 4,23% et 6,65%. Le spread des CDS à 5 ans portugais flirte de nouveau avec les 500 pb à 498 pb.

Le dossier espagnol semble un peu moins risqué. La réduction des émissions atteint près de 15 milliards. Le ministère de l'Économie local a annoncé hier que «les mesures d'austérité mises en place par le gouvernement au milieu de l'année pour consolider les finances publiques signifient que les besoins de financement sont moindres qu'en 2010». Pour convaincre les investisseurs, Madrid compte réaliser 50 milliards d'économies et se lancer dans des réformes structurelles pour réduire son déficit.

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