« Les effets du plan de la Fed sur l'économie américaine pourraient décevoir »

le 22/11/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

René Defossez, stratégiste taux et change chez Natixis

L'Agefi: Le second tour d’assouplissement quantitatif de la Fed permettra-t-il de dynamiser davantage l’économie américaine ?

René Defossez: Les mécanismes qui permettront au QE2 [second tour d'assouplissement quantitatif:ndlr] de stimuler l’économie américaine ne sont pas clairs. L’injection de liquidités ne va pas relancer le crédit, puisque les banques disposent déjà de liquidités en excès et que les ménages et les entreprises continuent de se désendetter. En théorie, le QE2 est supposé faire baisser les taux longs. En pratique, depuis sa mise en place, les taux longs américains ont augmenté. Par ailleurs, les intérêts hypothécaires payés par les ménages, en pourcentage de leur revenu disponible brut, sont déjà très faibles. Le troisième levier pourrait être la baisse du dollar. Mais le QE2 n’est qu’un déterminant du billet vert: c’est la crise budgétaire en zone euro qui explique, depuis deux semaines, la valeur de l’euro-dollar. D’autre part, l’élasticité des exportations américaines au dollar est faible.

L’aplatissement de la courbe des taux en Europe va-t-il se poursuivre ces prochains mois?

L’aplatissement de la courbe des taux en zone euro depuis mai dernier s’explique par la hausse des taux courts. Sur cette période, le taux swap 2 ans est passé de 0,45% à plus de 1%. Cette hausse est imputable à une «normalisation» de la situation dans le marché monétaire, qui se traduit par une nouvelle hiérarchie des taux courts (avec notamment un Euribor 3 mois supérieur au taux repo de la BCE). Mais l’Euribor 3 mois plafonne logiquement à 1,05 % (s’il allait plus haut, il y aurait des arbitrages avec, par exemple, un financement auprès de la BCE). Ce facteur ne devrait donc plus jouer, ce qui limite le potentiel d’aplatissement supplémentaire de la courbe.

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