Le « Panel Taux» anticipe sur le plan de la Fed

le 02/11/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Il prévoit une détente des taux américains et reste baissier sur l’euro/dollar

Cette semaine sera déterminante pour les marchés de taux. Outre les élections américaines de mi-mandat, qui se tiennent aujourd'hui, la Fed dévoilera demain sa nouvelle phase d’assouplissement quantitatif, baptisée QE2. A l’approche de ces échéances décisives, les membres du «Panel Taux» tablent sur une baisse des rendements de la dette américaine, à 2,55 % fin janvier. Les conséquences prévisibles du QE2 sont donc déjà très largement anticipées. Reste à connaître l’ampleur et les modalités de ce nouveau programme.

Le mois dernier, les panélistes ont continué de revoir à la baisse leurs prévisions sur les taux américains à dix ans. Leur prévision de 2,55% pour les Treasuries d'ici trois mois fait suite à une estimation de 2,68% début octobre. Barclays Capital et BNP Paribas sont les membres du panel qui ont le plus fortement revu en baisse leurs anticipations. Le premier a réduit de 60 points de base (pb) son scénario à 2,40% et le second de 50 pb à 2%. Les effets attendus de la deuxième phase d’assouplissement quantitatif de la Fed qui devrait être annoncée mercredi ont déjà été largement intégrés par les marchés. Le QE2, évoqué depuis fin juillet de plus en plus précisément, a permis aux Treasuries de baisser de 28 pb. De fait, si la Fed se remet à acquérir des obligations d’Etat, les rendements devraient baisser.

Mais l’incertitude plane encore sur l’ampleur du programme et entraîne une certaine nervosité sur les marchés. Jusqu’au début de la semaine dernière, le rachat de 500 milliards de dollars de titres sur cinq mois faisait consensus parmi les économistes. Mais la presse américaine a ensuite évoqué un programme moins important qu’attendu, ce qui a inquiété les opérateurs. Résultat, le rendement des Treasuries à dix ans s’est tendu à 16 pb en deux jours. Il s’est ensuite détendu suite à la révélation d’une enquête selon laquelle les primary dealers américains prévoyaient majoritairement 1.000 milliards de dollars de rachats d’actifs. Pour les stratégistes taux de Société Générale, «un QE2 agressif serait favorable aux obligations, puisque les propos de la Fed feront très clairement comprendre que les menaces d’inflation ne sont pas imminentes et peuvent être gérées bien plus tard lorsque les capacités excédentaires (chômage) amorceront enfin un déclin».

Cependant, l’annonce immédiate d’un très vaste plan de rachat aurait aussi des inconvénients. En procédant ainsi, «la Fed risque d’en faire plus que nécessaire et de déstabiliser le fonctionnement à long terme des marchés financiers privés», explique Julia Coronado, chef économiste pour l’Amérique du Nord chez BNP Paribas. Quant à un déblocage graduel du programme, en fonction de l’évolution de l’environnement, il pourrait laisser les marchés dans l’expectative, et du coup, avoir un effet négatif sur les taux.

Par contagion, les dettes européennes ont montré des signes de nervosité ces derniers jours. Le rendement sur le Bund s’est tendu de 8 pb en une semaine. Mais les membres du Panel n’attendent pas de mouvement significatif sur ce marché. Ils ont laissé leur prévisions quasiment inchangées par rapport au mois d’octobre. A trois mois, ils voient le Bund à 2,50%.

Sur le marché des changes, la perspective d’une nouvelle phase d’assouplissement quantitatif pousse encore le dollar vers le bas. Et malgré les déclarations de bonnes intentions lors du G20 Finance il y a une dizaine de jours, les membres du Panel ont bien modifié leur scénario. Ils tablent dorénavant sur un euro/dollar à 1,38 contre 1,31 début octobre. LCF Edmond de Rothschild et Barclays Capital sont les panélistes qui ont revu le plus significativement à la hausse leurs scénarios.

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