Rencontre avec... Amandine Dufourt, présidente du groupe de travail fournisseurs d'indices et de données de l’AFG*, ‎responsable du data management chez Amundi

« Les fournisseurs d’indices ont profité de leur situation »

le 08/06/2017 L'AGEFI Hebdo

  Eric Pinon, nouveau président de l’AFG, a évoqué la possibilité de rapprochements entre sociétés de gestion pour acheter des données. Quel est l’enjeu ?

Les grands fournisseurs d’indices sont devenus, comme les agences de notation, incontournables. Mais les coûts se sont accrus de manière conséquente pour les asset managers, dans un contexte de baisse des marges significatif : les contrats portent sur des durées de 1 à 3 ans, bien trop courtes pour pouvoir changer l’indice de référence d’un fonds (et encore plus d’un ETF, exchange-traded fund). Les fournisseurs le savent, et augmentent leur prix à chaque échéance. Les sociétés de gestion ont donc entamé des réflexions quant à la mise en place de solutions alternatives telles que la création de structures juridiques qui permettraient de négocier des contrats de plus longue durée, avec des conditions et des prix plus stables, en partenariat avec des fournisseurs.

L’initiative de grands promoteurs d’ETF cherchant à s’affranchir des fournisseurs est-elle crédible ?

C’est une deuxième voie qui consisterait à créer nos propres indices. On peut imaginer que la société de gestion n’assumerait alors que la fonction « création » de l’indice, et qu’elle déléguerait à un spécialiste les fonctions de « calcul » : récupération des données, calcul, publication. Cela dit, les grands fournisseurs, qui sont aussi soumis à des contraintes réglementaires plus lourdes, ont aujourd’hui des marchés très solides, construits grâce à d’importants efforts marketing, notamment sur les grands indices « equity » par capitalisation. Les gestions, dont les réflexions ont différents stades d’avancement, pourraient commencer par lancer seules des indices plus spécifiques, de type « smart beta ».

Que paie vraiment un gérant d’actifs dans un indice ?

D’abord, généralement, un prix pour un « package » d’indices qui est fixe quel que soit l’usage de l’indice (gestion indicielle/ETF ou « benchmarkée »), puis un autre prix fixe pour pouvoir faire du reporting en citant ces indices. Ces coûts fixes pèsent sur les plus petites gestions. Ensuite, une gestion indicielle/ETF doit signer un contrat avec le fournisseur fonds par fonds, avec des frais variables de quelques points de base en pourcentage de l’encours. Les fournisseurs ont bénéficié de ces revenus liés à la collecte, mais ils commencent à comprendre qu’étouffer les gestions en réduisant trop les marges risquerait de leur faire perdre leurs clients.

Propos recueillis par Fabrice Anselmi

*Association française de la gestion financière.

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