L’ère du donnant-donnant

le 01/06/2017 L'AGEFI Hebdo

L’ère du donnant-donnant
(Pierre Chiquelin)

Pour qui en doutait, le premier grand périple international de Donald Trump vient de confirmer qu’il vaut mieux, pour mériter sa considération, se comporter en autocrate résolu que faire preuve de fidélité aux valeurs démocratiques et à l’amitié américaine. Le président des Etats-Unis aura toujours plus d’égard vis-à-vis d’un monarque saoudien que d’un chancelier allemand dès lors que sa conception mercantiliste des rapports entre Etats, qui va bien au-delà des considérations commerciales, s’inquiète des performances d’un de ses plus sûrs alliés. La chancelière Merkel n’a rien à espérer du nouveau locataire de la Maison-Blanche simplement parce que l’Allemagne vend trop d’automobiles aux Etats-Unis et ne participe pas assez aux frais de la défense collective comme membre de l’Otan. Pour M. Trump, le compte n’y est pas. Il n’est pas d’intérêt à long terme des Etats-Unis qui tienne face à cette immédiate arithmétique élémentaire.

Le Président ne croit qu’au rapport de forces bilatéral. Le constat est patent en matière diplomatique, militaire, commerciale, et le sera aussi sur le terrain climatique ou de régulation internationale, financière ou autre. C’est dans une ère de donnant-donnant universel que nous sommes entrés avec cet entrepreneur mué en chef d’Etat, persuadé qu’en affaires comme en politique, tout accord ne peut faire qu’un vainqueur et un vaincu et non deux parties mutuellement satisfaites. En matière climatique, qu’il déchire ou non l’accord de Paris après avoir pesé l’état de l’opinion sur le sujet et la faisabilité politique d’un tel renoncement, on est déjà certain qu’il ne l’appliquera pas. Convaincu qu’il n’a été conclu que pour lier les mains des Etats-Unis, il sait que son pays est seul à disposer avec le gaz de schiste d’une réponse aussi avantageuse aux défis énergétiques de l’avenir. Dès lors, qu’importe que sa démagogie pro-charbon, si utile politiquement, ne tienne pas ses promesses ? Certains partisans de l’Accord de Paris (lire pages Economie & Finance) veulent croire que le dommage d’un abandon serait modéré. C’est se flatter à bon compte car il confortera tous ceux qui ne l’ont adopté que du bout des lèvres. De grands pollueurs, à commencer par la Russie, pourraient-ils rêver meilleur prétexte pour agir à leur guise ?

Une conception aussi étroite des intérêts des Etats-Unis ne peut, comme par le passé, que déboucher sur un isolationnisme croissant. On le mesure déjà au refus de Donald Trump de réaffirmer son attachement à l’article 5 du traité de l’Otan qui fait de toute atteinte à la sécurité d’un pays-membre une atteinte à la sécurité de tous les autres. L’après-guerre, y compris l’après-guerre froide, est finie par lui. L’Europe doit prendre conscience du changement de repère américain et, face à l’évanescence de son grand allié, agir pour garantir ses intérêts. Politique, militaire, économique, financière, l’intégration européenne doit être relancée tous azimuts. Berlin y appelle déjà résolument. Paris et les autres capitales n’ont pas de meilleur choix que d'y répondre.

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