Un retour fragile de la croissance en Russie

le 24/05/2017 L'AGEFI Hebdo

Sorti de la récession, le pays reste contraint par des difficultés conjoncturelles et structurelles au moment où la banque centrale change, inopinément, d’approche.

Les investisseurs sont de retour sur les marchés émergents. En avril, pour le cinquième mois consécutif, ces derniers ont enregistré des flux nets positifs des non-résidents. Une tendance favorable que les analystes de l’International Institute of Finance (IIF) attribuent à l’accélération de la croissance dans les économies émergentes à un plus haut de cinq ans de 6,8 % (EM Growth Tracker). La Russie est l’un des principaux pays à bénéficier de ce renouveau. Cela se traduit par une nette appréciation de la devise. Le rouble, qui avait chuté face au dollar à partir de mi-2014 pour atteindre un plus bas de 84 roubles pour un dollar début 2016, est revenu à 57 roubles.

En sortant de la récession, la Russie contribue à cette amélioration conjoncturelle. La reprise s’est accélérée au premier trimestre, comme le montrent les données récemment publiées par Rosstat, l’institut russe de la statistique, à 0,5 % par rapport aux trois premiers mois de 2016. Le pays est repassé dans le vert au quatrième trimestre de 2016 (+0,3 %), après une récession provoquée par la chute des prix du pétrole et des matières premières et par les sanctions internationales en réaction à l’annexion de la Crimée (-0,2 % en 2016 et -2,8 % en 2015). Cela conforte l’anticipation d’une croissance de 2 % pour l’ensemble de l’année visée par le gouvernement, prévision que les économistes jugent optimiste. Le consensus établi par Reuters anticipe une croissance de seulement 1,1 %.

La reprise semble fragile. Les économistes d’Euler Hermès, qui prévoient une croissance de 1,3 % cette année, relèvent un affaiblissement du momentum positif de la production industrielle au cours des derniers mois, celle-ci n’ayant progressé que de 0,2 % au premier trimestre après une croissance de plus de 1 % chaque trimestre l’an dernier. De même, la confiance des ménages, qui s’améliore, reste en contraction. Les ventes de détail ont encore diminué de 1,5 % sur un an lors des deux premiers mois de 2017. « La reprise est en cours mais son rythme est décevant, poursuivent les économistes de Bank of America Merrill Lynch. Malgré des effets de base toujours favorables, ces données nous suggèrent que ce début de reprise reste sous pression. » Si l’économie russe a fait d’importants efforts en matière budgétaire, avec la mise en place d’un programme d’austérité afin de ramener son déficit à 1 % en 2019 (3,4 % en 2016), et parvient à le financer par des émissions obligataires, elle reste vulnérable aux évolutions des cours du brut notamment. D’où l’importance de l’accord de réduction de la production entre les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et la Russie, visant à rééquilibrer le marché afin de soutenir les prix, qui devrait être prolongé de neuf mois le 25 mai.

Plus encore, le potentiel de croissance demeure faible, entre 1 % et 1,5 %. Les contraintes structurelles restent importantes, selon BNP Paribas : baisse de la démographie, forte dépendance aux prix du pétrole et présence trop importante de l’Etat. Autant de causes à l’origine d’une mauvaise allocation des facteurs de production, ce qui pèse sur la productivité. « Le président Poutine a mis en place en février un programme pour établir une nouvelle stratégie de développement à plus ou moins long terme afin de stimuler la croissance potentielle. Néanmoins, aucune réforme d’envergure ne devrait être engagée avant la prochaine élection présidentielle en mars 2018 », juge Johanna Melka, économiste chez BNP Paribas.

Vigilance

Si la reprise est, pour l’heure, faible, la lutte de la Banque centrale russe (BCR) contre l’inflation est, elle, un véritable succès. Celle-ci est revenue à 4,1 %. L’objectif de la BCR étant de 4 %. Cela a permis à l’institut d’émission d’engager un cycle d’assouplissement monétaire dès mars avec deux baisses consécutives (-75 points de base) pour ramener son principal taux directeur à 9,25 %. Les spécialistes anticipent un taux entre 8 et 8,5 % d’ici à fin 2017. Néanmoins, le récent changement de langage de la banque centrale rendant moins lisible sa future politique monétaire inquiète le marché. Ce qui a temporairement pesé sur le rouble. « L’incertitude entourant le calendrier et l’ampleur des baisses potentielles de taux d’ici à fin 2017 a considérablement augmenté, obligeant le marché à être plus vigilant sur l’inflation mais aussi sur l’évolution du cours du pétrole et du sentiment économique en Russie », affirme Evgenly Koshelev, économiste chez Rosbank (la Société Générale). Devenue moins transparente, la CBR pourrait ainsi détériorer sa crédibilité, ce qui nuirait à sa capacité d’intervention. De mauvaise augure à un moment où la reprise est là mais nécessite d’être consolidée.

La reprise s’est accélérée au premier trimestre à 0,5 %. Cela conforte l’anticipation d’une croissance de 2 % pour l’ensemble de l’année visée par le gouvernement, prévision que les économistes jugent optimiste.

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