L’endettement sans fin de l’économie mondiale

le 20/04/2017 L'AGEFI Hebdo

La planète vit de plus en plus à crédit. Seule dette à se réduire quelque peu, celle du secteur financier des pays développés, revenue au niveau de la dette publique.

Dix ans après le début de la crise économique et financière attribuée à l’excès d’endettement dans les pays développés et à la dérégulation tout aussi excessive des marchés financiers, la dette globale des ménages, des entreprises et des Etats de la planète entière non seulement ne s’est pas réduite, mais elle a progressé à vive allure. Le désendettement mondial tant attendu n’a pas eu lieu. Même si, dans le détail, du deleveraging (la réduction du levier d’endettement) est visible dans les pays qualifiés de « matures » par l’IIF (Institute of International Finance). Tout juste perceptible chez les ménages, la baisse du levier de la dette est bien réelle dans les institutions financières des pays développés, concernées au premier chef par la crise financière.

Le stock total de dette au niveau mondial était de 215.000 milliards de dollars fin 2016, ce qui représente 325 % du PIB mondial, indique le document de l’IIF. C’est, en dix ans, quelque 70.000 milliards de dollars d’augmentation, dont plus de la moitié a été levée sur les marchés émergents, pour l’essentiel en devises locales.

La progression de l’endettement dans les pays développés est, en relatif, bien plus modeste même si, en absolu, il augmente sur la décennie de 32.000 milliards de dollars sous l’impulsion des Etats. Le colmatage de la crise par des politiques budgétaires fortement expansionnistes a porté la dette publique rapportée au PIB des pays « matures » à 113,6 % : 101 % du PIB aux Etats-Unis, 109 % en zone euro et au Royaume-Uni, la palme revenant au Japon avec 227,4 % du PIB. En tendance, les analystes de l’IIF précisent que « le stock de la dette gouvernementale exprimée en dollars a plus que doublé depuis 2006 aux Etats-Unis et au Royaume-Uni tandis qu’elle augmentait de l’ordre de 50 % en zone euro et au Japon ».

La nouveauté de 2016 réside dans le fait que l’endettement du secteur financier (113,4 %) est devenu pour la première fois inférieur à la dette publique. Ce qui est vrai aux Etats-Unis ou dans les pays de la zone euro, ne l’est pourtant pas au Japon ou au Royaume-Uni, deux pays dans lesquels les institutions financières ont des niveaux d’endettement très élevés (178,5 % du PIB outre-Manche). La note de l’IIF montre donc que la progression des dettes publiques, particulièrement marquée depuis l’éclatement de la crise financière, a joué comme un phénomène de substitution à la bulle d’endettement des banques du début des années 2000 et que l’économie réelle continue d’être sous perfusion de dettes.

Pays émergents

En dix ans, les marchés émergents ont levé l’équivalent de 40.000 milliards de dollars de dette nouvelle, pour l’essentiel sur les marchés obligataires en devises locales. C’est bien plus que le montant de 9.000 milliards relevé entre 1996 et 2006. L’encours total de 55.000 milliards se concentre sur les entreprises non financières dont le ratio d’endettement atteint désormais 100 % du PIB des économies concernées.

L’IIF met en avant plusieurs zones d’ombre. Tout d’abord à court terme, 1.100 milliards de dette des émergents arrivent à maturité cette année et les entreprises de ces pays vont devoir refinancer dans les prochains mois 860 milliards d’obligations et de 250 milliards de prêts syndiqués. Ensuite à plus long terme : un montant de 7.200 milliards a été levé en devises étrangères au cours des dix dernières années. La hausse des taux d’intérêt à long terme attendue et la probabilité d’une appréciation du dollar dans le sillage de la hausse des Fed funds de la Réserve fédérale américaine sont annonciatrices d’une période chahutée. Les marchés de dette n’ont sans doute pas fini de faire parler d’eux.

70.000 milliards de dollars d’augmentation de la dette en dix ans au niveau mondial.

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