Demain, la dette

le 20/04/2017 L'AGEFI Hebdo

Demain, la dette
(Pierre Chiquelin)

Le monde va bientôt fêter, si l’on ose dire, le dixième anniversaire de la crise financière. C’est à l’été 2007 que l’évaporation de la confiance due à l’abus d’endettement et au laxisme de la régulation financière conduisit au gel des transactions de marchés et à l’intervention des banques centrales pour rétablir un semblant de liquidité. Depuis, la vague régulatrice impulsée par le G20 a changé le paysage, mais il est une variable au moins qui n’a pas pris le chemin espéré : la dette. Faisant fi de la crise, celle-ci a continué son inexorable ascension, dans les pays développés comme les émergents. L’Institut de la finance internationale de Washington relève ainsi que chez les premiers, le taux d’endettement global est passé de 280 % à 390 % du PIB, et chez les seconds de 126 % à 215 %. Si la sphère financière s’est, depuis sa quasi-faillite, beaucoup désendettée, c’est que les Etats, et donc les contribuables, ont supporté un énorme transfert générateur de déficits publics inégalés dans l’histoire du monde.

La France n’échappe pas à cette tendance. Au terme d’un quinquennat calamiteux sous ce rapport, le déficit public frôle les 100 points de PIB, un quasi-quintuplement – pas moins – depuis que François Mitterrand est entré à l’Elysée. La France des 35 dernières années a financé son modèle économique et social par un recours massif à l’endettement mais ce constat ne suscite, dans la campagne électorale, que peu de commentaires et quasiment aucun débat public. Trois des principaux candidats, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Marine Le Pen, auxquels les sondages prêtent la moitié des intentions de vote, ont même évoqué, chacun à sa façon, des politiques conduisant, parfois sous le camouflage du mot « restructuration », à des défauts purs et simples. Comme si le refus de la France d’honorer ses engagements à l’égard des prêteurs n’était, à tout prendre, qu’une décision politique comme une autre ! Quant à François Fillon et Emmanuel Macron, ils n’ont pas ignoré le sujet des dépenses publiques mais peu insisté sur la baisse du stock de dettes en tant qu’objectif clé. Seul le candidat d’En Marche ! évoque en passant une baisse de quelque 5 points de PIB sur l’horizon du quinquennat, tandis que François Fillon préfère insister sur le recul des dépenses publiques et des prélèvements.

Qui peut pourtant croire que les taux seraient assurés de rester à leurs niveaux bas, voire négatifs ? Nul ne s’appesantit sur un sujet peu populaire tandis que d’aucuns remarquent que la France supporte un niveau d’endettement pas plus élevé, voire moins, que les Etats-Unis ou la zone euro, sans parler du Japon. Certes, mais du fait du poids de ses prélèvements, de la structure de ses dépenses et de sa dépendance vis-à-vis de l’étranger, l'Hexagone n’en est pas moins particulièrement vulnérable à une remontée des taux. Toutefois, au terme de mois de débats fiévreux, les Français l’ignorent toujours : la dette reste plus que jamais leur morne horizon.

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