La réforme invisible

le 23/03/2017 L'AGEFI Hebdo

La réforme invisible
(Pierre Chiquelin)

On ne touche pas impunément à un pactole de 1.600 milliards d’euros. De crainte que les associations d’épargnants n’entrent en campagne, deux des principaux candidats à l’élection présidentielle ont remisé au placard leurs projets de réforme de la fiscalité de l’assurance-vie (lire L’Evénement). Le premier, François Fillon, a très vite précisé que son prélèvement forfaitaire de 30 % ne concernerait pas le placement préféré des Français, qui bénéficie aujourd’hui d’un traitement plus favorable. Le second, Emmanuel Macron, compte désormais le limiter aux gros contrats.

Les partisans du statu quo pouvaient à bon droit regretter que l’on alourdisse la taxation de l’assurance-vie au moment même où l’âge d’or du contrat en euros prend fin (lire L’Analyse). Et ils feront valoir que l’essentiel est préservé. Une « flat tax » de 30 % corrigerait l’un des péchés originels du quinquennat en matière financière, l’alignement de la fiscalité des revenus du capital sur ceux du travail, qui a détourné un peu plus des actions un épargnant français déjà déboussolé par la série de krachs boursiers intervenue depuis 2000. En complément, l’éventuelle réforme de l’impôt sur la fortune est censée favoriser, dans l’esprit de ses promoteurs, l’investissement au capital des entreprises.

Cette péripétie de campagne n’en révèle pas moins le flou qui habite les programmes des présidentiables lorsqu’il s’agit d’encourager collectivement les épargnants à prendre des risques et à financer l’économie. Rien n’est envisagé pour mettre fin à la complexité et à l’incohérence d’un système qui déforme l’espérance de rendement au bénéfice d’un placement sûr et liquide tel que le Livret A – dont l’avantage fiscal, faut-il le rappeler, profite avant tout aux ménages aisés. Nulle trace non plus, dans les professions de foi des candidats se réclamant du libéralisme, de fonds de pension à la française qui viendraient soulager un régime de retraite par répartition exsangue. Pour préparer leurs vieux jours, les jeunes actifs n’auront qu’à appliquer deux recettes éculées : l’immobilier, aux prix surévalués, et l’assurance-vie, massivement dévolue au financement des déficits publics. On sait les conséquences de ce choix politique. L’absence de mains fortes dans le marché laisse ouvert à tous les vents le capital des grandes entreprises françaises, ce dont le prochain locataire de l’Elysée aurait beau jeu de se plaindre si l’une d’entre elles devait passer sous pavillon étranger.

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