Zone euro, l’optimisme gagne les milieux d’affaires

le 16/03/2017 L'AGEFI Hebdo

Le contraste est saisissant entre le moral au beau fixe des dirigeants d’entreprise et les craintes politiques qui secouent l’obligataire souverain.

Zone euro, l’optimisme gagne les milieux d’affaires
Les dépenses de consommation ne devraient afficher qu’une faible progression au premier trimestre comme en Italie (photo) et en Allemagne.
(Bloomberg)

Une douce euphorie émane des enquêtes d’opinion et du sentiment des milieux d’affaires sur l’état de la conjoncture économique en zone euro. Le contraste est saisissant avec les échéances électorales qui vont s’égrener dans plusieurs pays au cours de l’année. Des échéances à risque qui affolent de temps en temps le marché obligataire souverain, créant tensions sur les taux d’intérêt et écartement des spreads. Mais concrètement, le sentiment général des investisseurs sur l’économie de la zone euro est au beau fixe, et même « au plus haut depuis août 2007 », selon l’indice Sentix de mars (enquête réalisée auprès de 5.000 investisseurs dans plus de 20 pays), soit depuis les premiers jours de la crise financière. Leur opinion sur la situation présente touche aussi un plus haut depuis 2011 et la crise spécifique à la zone euro. Les indices PMI de Markit tirés d’enquêtes auprès des directeurs d’achat ne sont pas en reste et atteignent eux aussi des pics. L’indicateur d’activité est au plus haut depuis 2011 et la composante « emploi » retrouve son niveau d’octobre 2007. Les PMI « donnent une image positive de l’économie de la zone euro qui commence à fonctionner à plein régime », commente le chef économiste d’IHS Markit, Chris Williamson. Les ménages participent eux aussi à la fête avec une confiance retrouvée, comme l’atteste l’enquête de la Commission européenne qui leur est consacrée.

Emballement passager et excessif des esprits ou réelle surprise macroéconomique ; dans leur majorité, les économistes penchent pour la première option. Tout en étant honorables, les statistiques économiques « en dur » ne donnent pas une image aussi rayonnante que celle des sondages. Certes, en 2016, le taux de croissance du PIB de la zone euro a fait jeu égal (1,7 %) avec celui de l’économie américaine (1,6 %), et les prévisions attendues pour l’année en cours sont de 1,6 % pour la Commission européenne et de 1,8 % pour la Banque centrale européenne (BCE), soit bien au-delà de la croissance potentielle sans être exceptionnelles.

Il faut s’y habituer. « La rupture de la productivité provoquée par la crise et la baisse de la population active donnent une croissance potentielle beaucoup plus faible qu’auparavant, autour de 1 % », explique Philippe Gudin, chef économiste de Barclays. Le rythme actuel de la croissance de l’activité se situe donc nettement au-dessus de son potentiel et permet de réduire le chômage, ce qui peut expliquer une partie de l’optimisme des milieux d’affaires.

Une croissance sous-estimée

« Attention tout de même, prévient Philippe Gudin, il faut prendre avec recul les informations des enquêtes. Pendant longtemps, les PMI ont sous-estimé la croissance en France. Actuellement, les PMI sont forts pour l’Allemagne alors que la production industrielle déçoit. » Pour l’économiste de Barclays, l’amélioration de la conjoncture en zone euro correspond à la reprise industrielle mondiale, au redressement des prix à la production (PPI), à la dépréciation du taux de change effectif réel de l’euro depuis la mi-2016 et au soutien puissant de la BCE au travers de son programme d’achats d’actifs (quantitative easing).

Dans ce décor, la crainte est de voir l’inflation (2 % pour l’indice global en février et 0,9 % pour l’indice sous-jacent hors énergie et alimentation) rogner le pouvoir d’achat des consommateurs et réduire le principal pilier de la croissance, la consommation (54 % du PIB). « Dans les grands pays de la zone euro, maîtrise des salaires et choc de prix des produits pétroliers se combinent pour précipiter un recul instantané des salaires réels en Italie comme en Allemagne. A moins d’imaginer un fort recul de l’effort d’épargne des ménages, les dépenses de consommation n’afficheront au mieux qu’une faible progression au premier trimestre », explique Denis Ferrand, directeur général de COE Rexecode dans une note de l’institut.

« Nous avons du mal à partager l’optimisme des investisseurs pour les perspectives économiques de la zone euro en 2017 », estime Patrick Artus, chef économiste de Natixis. L’économiste avance quatre arguments. Tout d’abord, la hausse des taux d’intérêt à long terme peut faire réapparaître la question des dettes publiques et freiner l’immobilier résidentiel ; la faiblesse de la croissance potentielle implique qu’un niveau élevé d’investissement n’est pas nécessaire ; la hausse des cours du pétrole va inévitablement freiner les salaires réels et la demande des ménages ; et enfin la faiblesse du commerce mondial, donc des exportations.

La crainte est de voir l’inflation rogner le pouvoir d’achat

A lire aussi