H2O AM lance ses stratégies pour tirer profit du manque de liquidité

le 23/02/2017 L'AGEFI Hebdo

La gamme Barry suivra des processus d’investissement pour capter uniquement la valeur liée à la partie des chocs de marché due à une activité bancaire diminuée.

Le gestionnaire d’actifs H2O AM, adossé à Natixis, a lancé, le 1er décembre, deux fonds Ucits conçus pour faire face à la raréfaction de la liquidité sur les marchés et en profiter en transformant ces contraintes en sources de performance et de diversification. « Après la crise, le durcissement des réglementations financières et des contraintes de capital dans les banques ont eu deux conséquences : d’une part, une bien plus grande robustesse des banques prises individuellement et donc du système plus global ; d’autre part, une forte réduction de l’utilisation des bilans au service de la liquidité, alors même que les encours des marchés financiers ont explosé, rappelle Loïc Guilloux, directeur du développement chez H2O AM. Par conséquent, il semble beaucoup moins probable de vivre dans les prochaines années une crise systémique d’origine bancaire. Mais les marchés se caractérisent aussi par davantage de distorsions et de chocs – violents, brefs, confinés – dus à cette baisse de liquidité. Cet environnement peut présenter des opportunités. »

Contrariant ou opportuniste

Le fonds H2O Barry Active Value vise ainsi à extraire de la valeur en investissant sur différents actifs (actions, obligations, devises, en cash ou en dérivés) à partir du signal d’un choc ayant pu être accentué du fait du manque de liquidité. L’équipe analyse pour cela des signaux statistiques (par exemple plusieurs écarts types « cassés » pour un actif ou une classe d’actifs) et de volatilité (sur le prix des options listées). Un comité d’investissement valide ensuite l’aspect conjoncturel (et non structurel) du choc, induisant la décision (discrétionnaire) d’investir sur l’actif censé être au plus bas ou d’en vendre la volatilité (selon le meilleur couple risque-rendement).

L’idée est d’allouer une petite partie de l’encours du fonds sur un événement donné, avant d’en sortir rapidement après, sans attendre le retour à la moyenne comme le font la plupart des hedge funds. L’objectif serait ainsi de gagner 30 à 40 points de base (pb) sur une grosse vingtaine d’événements dans l’année (plus de 500 pb par an), avec la possibilité de moyenner l’investissement si la baisse se poursuit un peu trop. « Des événements comme le Brexit ou le référendum italien voient les mouvements de marché accentués par des problèmes de liquidité. C’est juste la correction sur cette partie que nous souhaitons capter », explique Loïc Guilloux, évoquant la vente de volatilité sur l’euro/dollar (plutôt que sur les BTP italiens) jouée en décembre dans le deuxième exemple. Plutôt contrariant sur un horizon à très court terme, le fonds, investi en instruments monétaires le reste du temps, apportera même en quelque sorte de la liquidité aux marchés en substitut des banques. « En un sens, il est aussi rémunéré pour cela », poursuit-il.

L’autre fonds, H2O Barry Short, se concentrera sur un ou deux événements liés aux obligations d’Etats du « G4 » (Etats-Unis, Europe, Royaume-Uni, Japon) en faisant le pari que les banques ne pourront fournir la liquidité nécessaire lors des prochaines hausses de taux, d’où l’anticipation d’une convexité de ces hausses. « Que ce soit pour de bonnes raisons (croissance et lnflation) ou de mauvaises, liées à des chocs politiques ou d’augmentation de déficits budgétaires, il nous semble qu’il y a un vrai risque de hausse des taux, explique Loïc Guilloux. Il y aurait alors aussi un fort déséquilibre potentiel entre l’offre de titres d’Etats, qui vont continuer à émettre massivement, et la demande des investisseurs privés, qui ne se sentiraient pas obligés d’investir sur ces émissions s’ils voient les taux remonter, préférant attendre les suivantes. » Toujours en tenant compte d’une moindre présence des « primary dealers », cela pourrait causer d’importants chocs de liquidité que le fonds propose de jouer en vendant les titres concernés via des options sur futures, avec la possibilité de mettre du levier pour s’exposer deux à trois fois plus en cas de remontée brutale des taux. Le fonds trouverait aussi bien des investisseurs à la recherche de rendement que d’autres souhaitant couvrir leurs positions en obligations ou actions – sachant que les hausses des taux brutales peuvent s’accompagner de baisse sur les actions.

H2O AM prévoit plusieurs autres stratégies Barry en 2017 et 2018. L’une sera par exemple fondée sur une externalisation de risques bancaires (de crédit, de marché, opérationnels) en vue de réduire les actifs pondérés par les risques (RWA) de la banque, donc son capital prudentiel. La stratégie générerait, via des swaps sur les risques d’un portefeuille donné, un rendement correspondant à la fois à une partie de l’économie de capital prudentiel, à son apport de liquidité et à sa prise de risques sur les actifs sous-jacents.

Les deux premiers fonds Barry atteindront 200 millions d’euros d’encours au total fin février.

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