La croissance se redresse en Afrique

le 23/02/2017 L'AGEFI Hebdo

Entre troubles politiques, problèmes de gouvernance et de corruption, la remontée des cours de matières premières va donner un peu d’air.

La croissance se redresse en Afrique
Après 38 années passées à la tête de l’Angola, le président Dos Santos passe la main. Cette transition politique est perçue de manière positive.
(rea)

La dynamique croissance démographique du continent africain ne sera un atout que si l’investissement, public et privé, permet de combler le déficit structurel en infrastructures. Ce dernier coûte en moyenne 2 points de PIB, selon la Banque mondiale, et entame la productivité des entreprises à hauteur de 40 %. « La croissance économique n’est actuellement pas suffisante pour absorber celle de la population », explique Anne-Sophie Fèvre, économiste chez Coface.

Au nord du continent, les pays du Maghreb et l’Egypte parviennent à maintenir une relative stabilité de leur croissance. Après un ralentissement à 2,7 % en 2016 (Moyen-Orient et Afrique du Nord), la croissance dans la région devrait accélérer à 3,1 % cette année, les pays importateurs de pétrole enregistrant les gains les plus élevés.

L’Algérie est confrontée aux défis les plus importants. « Le pays n’a jamais remis en question son modèle rentier. Ses réserves en devises s’épuisent, le pays a dû recourir à un prêt de 900 millions d’euros auprès de la Banque africaine de développement (BAD) en début d’année », rappelle Olivier Le Cabellec, économiste chez Crédit Agricole SA. En 2016, la Tunisie et l’Egypte ont été confrontées à une pénurie de devises étrangères, qui les a amenées à requérir l’intervention du Fonds monétaire international (FMI). Selon Olivier Le Cabellec, « ces pays sont confrontés à une baisse de l’épargne domestique. En Tunisie, elle est passée de 20 % à 11 % du PIB. Si la Tunisie est en passe de réussir la réforme de son système politique, son économie est en revanche très pénalisée par le risque terroriste, qui a fait baisser les recettes du tourisme ». Le tourisme représente 9 % du PIB tunisien et 5,5 % du PIB égyptien.

En Egypte, la dévaluation de la livre égyptienne a amélioré la balance commerciale et la balance des paiements. « Cependant, l’inflation, qui est de 30 % en rythme annuel, pourrait provoquer des troubles sociaux, et ce d’autant plus que la hausse des prix concerne des produits alimentaires et pharmaceutiques », tempère Olivier Le Cabellec. L’endettement de l’Egypte devrait se stabiliser en 2017 et commencer à baisser en 2018. Le pays doit bénéficier de la deuxième tranche du plan d’aide du FMI (12 milliards de dollars au total).

Le Maroc connaît une stabilité politique appréciée des investisseurs. « L’absence actuelle de gouvernement est compensée par l’importance du rôle du roi, mais ne saurait perdurer sans dommages », précise Olivier Le Cabellec. Le taux d’épargne domestique s’est maintenu à 20 %, la politique monétaire est saine et transparente. Mais le poids de l’agriculture dans le PIB (20 %) et dans la population active (40 %) est son talon d’Achille.

Perspectives positives

En Afrique subsaharienne, conséquence de la baisse des prix des matières premières, la croissance a enregistré sa plus faible progression depuis vingt ans, à 1,5 %. La Banque mondiale prévoit une reprise en 2017, avec une croissance de 2,9 %. Première économie du continent, l’Afrique du Sud est aussi l’une des plus fragiles (lire l’entretien). « La décision des agences de notation est très attendue, commente Anne-Sophie Fèvre. La perte de l’investment grade, si elle devait intervenir, aurait de lourdes conséquences sur la reprise qui devrait être, en tout état de cause, très lente. »

La transition politique en Angola résonne comme une relative bonne nouvelle. Après 38 années passées à la tête du pays, le président Dos Santos a choisi son successeur. Ce ne sera pas son fils, ce qui aurait pu occasionner des troubles, mais l’actuel ministre de la Défense. « Il ne faut pas s’attendre à des changements dans la politique du pays. Cependant, le caractère géré de la transition est perçu de manière positive, tant le gouvernement est présent dans l’économie », explique Anne-Sophie Fèvre.

Compte tenu des aléas de la politique de change et des troubles politiques, les perspectives du Nigeria sont incertaines. « L’inflation est forte et malgré la remontée des cours du pétrole, la croissance devrait rester très faible », observe Anne-Sophie Fèvre. Les sabotages intervenus dans le delta du Niger, courant 2016, ont réduit la capacité de production, donc les revenus du pays. La diversification de l’économie, notamment dans les télécoms et les services financiers, est un atout mais le poids du secteur pétrolier dans les revenus de l’Etat et les recettes en devises reste prépondérant.

Investir sur le continent africain demeure l’apanage de spécialistes, avec des opportunités tout aussi importantes que les risques. En 2015, l’Ethiopie a détenu le record mondial de croissance du PIB, à 10,2 %. Dans le même temps, 34 des 48 PMA (pays les moins avancés) se situent aujourd’hui sur le continent africain, selon la Cnuced (Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement). A l’horizon 2024, ils seront 32, dont 31 en Afrique.

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