La Chine reste dans le radar des investisseurs

le 26/01/2017 L'AGEFI Hebdo

La devise chinoise demeure sous pression malgré l’amélioration conjoncturelle. Les contrôles échouent à freiner les sorties de capitaux.

La Chine reste dans le radar des investisseurs
Après s’être déprécié de 7 % face au dollar en 2016, le renminbi a repris de la hauteur depuis le début de l’année.
(Bloomberg)

La pression sur le yuan continue d’alimenter les sorties de capitaux tandis que les investisseurs anticipent encore une baisse de la devise chinoise en dépit de l’intensification des contrôles des capitaux ces dernières semaines. « Les autorités prennent des mesures pour éviter une fuite trop importante de capitaux mais elles donnent l’impression d’agir dans l’urgence là où il y a le feu », estime Bei Xu, stratégiste chez Exane Derivatives. Les restrictions ont récemment concerné les opérations des entreprises chinoises (80 % des sorties de capitaux) à l’étranger en limitant tout investissement sortant de plus de 10 milliards de dollars, ainsi que les fusions-acquisitions de plus d’un milliard dans un autre domaine d’activité que celui de l’acquéreur et en imposant les durées de détention pour les prêts.

Après s’être déprécié de 7 % face au dollar en 2016, le renminbi a repris de la hauteur depuis le début de l’année, en raison des tensions sur les marchés monétaires à l’approche du Nouvel An chinois et surtout du recul du billet vert. Malgré cela, les autorités restent sur le qui-vive. Il faut dire que la fuite des capitaux s’est poursuivie ces derniers mois. Natixis estime le total des sorties à 224 milliards de dollars sur le seul quatrième trimestre de 2016. Ce mouvement est provoqué par la méfiance des résidents et des non-résidents dans la monnaie chinoise. Pour y faire face, outre le renforcement des contrôles de capitaux, la Banque populaire de Chine (PBoC) intervient sur le marché des changes pour éviter une trop forte dépréciation du yuan. Résultat : ses réserves sont passées de plus de 4.000 à 3.000 milliards en l’espace d’un an et demi.

La stabilisation de la conjoncture chinoise, notamment dans l’industrie, n’est d’aucun effet. « L’amélioration dans l’économie réelle ne s’est pas traduite par un retour de confiance dans le yuan », selon Alicia Garcia Herrero, chef économiste pour l’Asie chez Natixis. La croissance a surtout été soutenue par la construction, et les autorités cherchent à calmer la bulle immobilière qui prend forme dans certaines grandes villes. « Quels vont être les relais ? », s’interroge Bei Xu. Il ne faut pas attendre un rebond de l’investissement privé. La Chine devra donc compenser avec la dépense publique, dans les infrastructures, au risque d’accroître davantage les déséquilibres.

De grandes ambitions

« Le renchérissement des coûts de financement et les contrôles de capitaux vont avoir un impact sur le rythme de croissance », prédit Kit Juckes, responsable recherche change chez Société Générale CIB. Les données économiques devraient être un élément clé pour l’évolution du yuan et les fuites de capitaux. « Les autorités vont devoir assouplir leur politique monétaire dans la durée », prédit Kit Juckes, qui anticipe un taux de change de 7,30 yuans pour un dollar d’ici la fin de l’année. Les réserves de change ont en outre atteint un niveau critique. « A 3.000 milliards de dollars, elles approchent le niveau adéquat calculé par le Fonds monétaire international (FMI) de 2.500 milliards, affirme Kit Juckes. Le yuan devient encore plus sensible à la baisse des réserves de changes. » Un ancien conseiller de la PBoC, interrogé par Reuters, prévoit une baisse de 5 % du yuan et de 200 à 300 milliards de dollars des réserves.

La maîtrise de l’évolution du yuan par les autorités, et donc des sorties de capitaux, est d’autant plus nécessaire que la Chine nourrit de grandes ambitions. Le président Xi Jingping, intervenant à Davos, a pris le contrepied de Donald Trump en affirmant que la Chine laisserait ses portes grandes ouvertes avec pour objectif d’ici cinq ans d’importer 8.000 milliards de dollars de biens, d’attirer 600 milliards d’investissements étrangers et de réaliser 750 milliards d’investissements hors du pays. Avant cela, il devra résoudre la difficile équation d’éviter un effondrement du yuan, tout en ouvrant progressivement son compte financier, pour attirer les capitaux étrangers. « Les autorités donnent l’impression de faire un pas en avant puis deux pas en arrière, affirme Bei Xu. Avec, pour conséquence, du retard dans l’internationalisation du renminbi. » La part du yuan dans le commerce international de la Chine a diminué de 30 % à 20 %. « Toutefois, c’est un processus long et ce ne sont pas un ou deux ans de retard qui vont changer la donne, juge Bei Xu. Mais pour inciter ses partenaires à utiliser le yuan afin qu’il devienne une monnaie de réserve régionale, il va falloir le stabiliser. » Tout dépendra à court terme de la direction du dollar et des discussions avec Donald Trump. Mais aussi de l’appréciation des investisseurs sur la trajectoire de croissance de l’économie.

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