Le Mexique s’affaiblit avant même d’engager le combat

le 19/01/2017 L'AGEFI Hebdo

Cible des attaques protectionnistes de Donald Trump, le pays pâtit de l’effondrement de sa monnaie. Les investisseurs jouent la prudence.

Si de nombreux pays émergents sont potentiellement fragilisés par les menaces protectionnistes de Donald Trump, le Mexique semble le plus vulnérable. Avec, pour conséquence, une forte dépréciation de sa devise. Elle a connu un rebond éphémère, après que la Banque du Mexique (Banxico) a vendu début janvier près de 2 milliards de dollars de réserves, avant de poursuivre sa glissade. Elle a atteint un plus bas historique face au dollar à 22 pesos après le premier discours de Donald Trump depuis son élection.

La principale menace pour le Mexique est le risque d’une renégociation de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis et le Canada (Alena). Les Etats-Unis sont le premier partenaire du Mexique. Le secteur automobile est l’un des plus importants dans cette relation puisqu’il compte pour un tiers de l’export mexicain vers son voisin. Il n’est donc pas étonnant que l’essentiel des attaques de Donald Trump se concentrent sur ce dernier. Les annonces d’annulations d’investissements programmés par des constructeurs comme Ford mais aussi Fiat ont pesé sur la confiance des investisseurs.

Les observateurs ne croient toutefois pas à un big-bang sur l’accord Alena. « La chaîne de valeur entre les Etats-Unis et le Mexique est très imbriquée, souligne Bruno Vanier, gérant chez Gemway Assets. La remettre en cause serait préjudiciable aux deux parties. » Néanmoins, la diminution des investissements va réduire le potentiel de développement et redistribuer les cartes de la croissance. Cela pourrait contrecarrer l’effet positif des réformes engagées ces dernières années par le gouvernement. Les économistes les plus pessimistes craignent une croissance nulle cette année, comme BNP Paribas.

Le problème pour les économistes est l’accélération de l’inflation qui pourrait enrayer le seul moteur qui fonctionne, la consommation. L’industrie ayant souffert ces deux dernières années de la chute des prix du baril et du ralentissement américain. Une hausse des prix soutenue par la baisse du peso. A cela s’ajoute la hausse, décidée par le gouvernement, de 20 % des prix de l’essence en début d’année. « L’inflation pourrait rapidement aller à 4 %, soutient Adrien Pichoud, économiste chez Syz AM. Cela place la banque centrale en zone d’inconfort et pèse sur le sentiment des consommateurs. » La Banque du Mexique a déjà opéré un ajustement en relevant ses taux courts de 275 points de base depuis décembre 2015, à 5,75 %. Malgré le niveau des réserves (175 milliards de dollars), la Banque du Mexique ne va pas pouvoir continuer indéfiniment ses interventions sur le marché des changes. « Cela risque d’être compliqué car elle doit gérer ses réserves prudemment », juge Matthew Michael, spécialiste produit dette émergente et matières premières chez Schroders. Ne lui reste plus que l’arme des taux avec le risque de peser encore plus sur la croissance. Le souci est que le Mexique ne dispose plus que de la politique monétaire pour agir, compte tenu du niveau d’endettement public (passé de 42 % à 54 % entre 2010 et 2015) et d’une politique budgétaire restrictive (déficit budgétaire de 3 %), à un an, qui plus est, d’une élection présidentielle. Le rating du pays est sous surveillance négative chez Moody’s et S&P.

Laisser passer la tempête

« Nous sommes dans une situation où tout le monde craint le pire et la réaction du marché est assez typique. Nous ne sommes probablement pas loin du point bas, même si une baisse de 10 % est encore possible dans les deux ou trois mois qui vont suivre la prise de fonction de Donald Trump », estime Bruno Vanier qui joue la prudence. « A court terme, il est plus sage de laisser passer la tempête », juge le gérant qui préfère investir sur le Brésil ou l’Argentine, moins exposés au commerce avec les Etats-Unis.

Matthew Michael se dit en revanche prudemment optimiste et maintient une faible exposition sur le peso compte tenu du portage offert par la dette mexicaine (7,7 %). Par ailleurs, eu égard à d’autres monnaies sous-évaluées comme la livre turque, le Mexique offre un cadre plus stable et de meilleurs fondamentaux. « Les niveaux de sous-valorisation du peso et de la dette locale sont attrayants compte tenu de fondamentaux économiques stables », précise Matthew Michael qui, sans éluder les risques liés au protectionnisme américain, note que la flexibilité du peso a permis au pays de limiter le creusement du déficit courant (3 % du PIB). « Beaucoup de risques sont aujourd’hui intégrés dans les cours, ajoute Adrien Pichoud. Le peso est très bon marché et il devrait trouver un niveau plancher. » A cela s’ajoute la conviction que la Réserve fédérale américaine sera moins restrictive que ne pense le marché. L’économiste anticipe une seule hausse de taux en 2017.

La demande domestique a permis à la croissance mexicaine de résister tout en diminuant sous son potentiel de 2,5-3 % à 2 % en 2016 à cause du repli de l’activité dans l’industrie, notamment pétrolière.

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