La note de l’Afrique du Sud se rapproche du « high yield »

le 08/12/2016 L'AGEFI Hebdo

Le pays préserve pour l’instant son statut « investment grade » mais la situation économique et politique risque de changer la donne.

L’Afrique du Sud et son président Jacob Zuma, même combat. Si ce dernier vient d’échapper de justesse à une motion de censure de son propre parti, l’ANC (Congrès national africain), pour des faits de corruption présumée, le pays qu’il dirige vient d’éviter une rétrogradation de sa note souveraine en catégorie spéculative. Tous deux restent en sursis.

Standard & Poor’s a confirmé sa note souveraine « BBB- » le 2 décembre, soit juste un cran au-dessus du high yield. Moody’s et Fitch avaient fait de même quelques jours plus tôt. Les trois agences placent désormais leur note sous surveillance négative, avec un risque élevé de rétrogradation. Un basculement en junk bond dans les mois à venir qui ne fait plus guère de doute pour les spécialistes. « Les incertitudes politiques ont conduit à l’inaction. Le marché s’attend à une rétrogradation au cours du premier semestre 2017 », souligne Patrick Mange, stratégiste marchés émergents chez BNPP IP. « Les risques liés au gouvernement et à l’action publique ont augmenté et ils resteront élevés au moins jusqu’à la conférence électorale de l’ANC de décembre 2017, pénalisant la performance macroéconomique du pays », explique Fitch. S&P justifie sa perspective négative par les conséquences potentiellement négatives sur les finances et la dette publique du pays : « Nous pensons que les événements politiques ont distrait le gouvernement des réformes visant à renforcer la croissance, tandis que la faiblesse de la croissance continue d’affecter la performance économique et budgétaire du pays et le stock de dette ». Le pays est loin d’atteindre les 2 % et plus de croissance du PIB de 2012-2013.

Le Fonds monétaire international (FMI) a, dès juillet, fortement revu en baisse ses prévisions de croissance pour cette année à 0,1 % (+0,3 % au troisième trimestre en raison de la faiblesse de la production industrielle et de la consommation, et d’un niveau d’investissement déprimé) et ne prévoit qu’un léger rebond en 2017 de 1,1 %. Outre la baisse conjoncturelle du prix des matières premières, qui a affecté le puissant secteur minier, le pays reste confronté à d’importants problèmes structurels. « Le gouvernement a fléché les réformes nécessaires et identifié les goulots d’étranglement empêchant l’économie, qui reste très concentrée, d’accroître son potentiel de croissance mais il a, jusqu’à présent, fait peu d’efforts », jugent les analystes de S&P. Manque d’infrastructures, pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs et dualité du marché du travail, autant de freins structurels qui expliquent la faiblesse de la croissance, le chômage élevé et les inégalités sociales, selon le FMI.

Déficit courant au plus haut

Une autre vulnérabilité est la dépendance au financement externe qui repose sur les investissements de portefeuilles, très volatils. « L’Afrique du Sud continue de dépendre des achats, par les résidents mais aussi les non-résidents, de dette libellée en rand pour financer ses déficits budgétaires et externes », insiste S&P qui anticipe une accélération des besoins avec une augmentation de 4,9 % de la dette publique entre 2016-2018 à 54 % du PIB en 2019. Les économistes d’UBS rappellent que le niveau de détention de dette par les investisseurs étrangers était au plus haut à 38 % en septembre. Le pays ne dispose plus guère de marge de manœuvre, d’autant que les grandes banques centrales des pays développés devraient désormais se montrer moins accommodantes : avec des rendements plus élevés aux Etats-Unis et en Europe, et une plus forte volatilité sur les marché, « il sera plus difficile d’attirer des investissements de portefeuilles », selon UBS. L’afflux de capitaux est très sensible à l’appétit des investisseurs pour le risque. Le FMI rappelle que le pays affiche l’un des déficits courants les plus élevés parmi les pays émergents à 4,1 % du PIB, et qui devrait s’accroître au cours des deux prochaines années. « Le pays faisait partie des ‘Cinq Fragiles’ de l’après-‘taper tantrum’ de mai 2013, ajoute Patrick Mange. S’il a réduit son déficit courant, c’est uniquement imputable à la faiblesse de sa demande domestique, donc des importations. » Comme le bon et le mauvais cholestérol, il y a le bon et le mauvais compte courant. En ce qui concerne les finances publiques, le FMI, qui anticipe un déficit budgétaire de 3,7 % cette année, considère les objectifs du gouvernement comme appropriés, tout en précisant que des efforts doivent encore être réalisés.

Maigre consolation, une rétrogradation est aujourd’hui clairement dans les cours des obligations souveraines sud-africaines. Ces dernières cotent sur des niveaux de dette BB mais avec un renchérissement des coûts de financement à 9 %. De quoi rendre le redressement encore plus complexe.

Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud.
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Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud.

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