Le yuan entre doucement dans l’âge de raison

le 10/11/2016 L'AGEFI Hebdo

La devise chinoise affiche la pire performance de l’année parmi les monnaies asiatiques. Une dépréciation graduelle voulue par Pékin. Jusqu’où ?

Le yuan entre doucement dans l’âge de raison
(Photo Bloomberg.)

Lentement mais sûrement, le yuan se déprécie sans vent de panique. « A l’inverse d’août et décembre 2015, les investisseurs sont restés calmes dans la dernière phase de baisse du renminbi », notent les stratégistes changes de Deutsche Bank. Depuis le début de l’année, la devise chinoise (onshore – CNY, et offshore – CNH) affiche pourtant la pire performance de l’année parmi les devises asiatiques. Le panier de devises suivi par la banque centrale chinoise (PBoC) recule de 8,8 %. Un repli essentiellement lié à l’appréciation du dollar. « Les autorités chinoises ont toléré une dépréciation graduelle du renminbi qui a baissé à 94 contre le panier CFETS (China Foreign Exchange Trade System) tandis que le dollar a grimpé à 6,80 yuans », relève BNP Paribas. « Cette dépréciation du CNY soulève la question de savoir jusqu’où il pourrait corriger et si la PBoC a un objectif », s’interroge Nordine Naam, stratégiste changes chez Natixis.

Le marché montre aujourd’hui moins de complaisance à l’idée que les autorités chinoises ont la capacité ou même la volonté de stopper la tendance baissière du yuan. Les positions short ont atteint leur niveau le plus élevé depuis le pic de février. La plupart des banques d’investissements ont récemment revu leurs prévisions. Pour BNP Paribas, les 6,85 yuans pour un dollar pourraient être dépassés avant la fin de l’année. « Ce seuil pourrait être testé si la Fed relève ses taux en décembre », ajoute Nordine Naam, pour qui une forte chute du renminbi n’est concevable que si le dollar continue de s’apprécier, et qui voit le billet vert à 7,10 yuans fin 2017. Société Générale CIB anticipe une prévision analogue.

Sorties de capitaux

« La baisse récente de la devise chinoise n’est pas inquiétante dans la mesure où elle n’est pas liée à des facteurs spécifiques à la Chine mais principalement à la force du billet vert », nuance Lazard Frères Gestion. Il n’empêche, derrière cette dépréciation, il faut aussi voir la moindre croissance et les déséquilibres de l’économie chinoise (lire l’entretien). Pour les stratégistes de Deutsche Bank, les autorités visent une dépréciation graduelle du panier pour faire face à ces défis. D’autant plus que le yuan est l’une des monnaies les plus surévaluées au monde (voir le graphique). Sa baisse est en effet à mettre en rapport avec son appréciation de plus de 50 % entre 2005 et 2015 en termes effectifs réels.

Le problème est que cela continue de provoquer d’importantes sorties de capitaux. « La fuite des capitaux fait partie des difficultés supplémentaires auxquelles doivent faire face les autorités chinoises. Elles sont un frein à l’ouverture du bas de la balance des capitaux par la Chine », explique Sylvain Laclias, économiste chez Crédit Agricole, qui rappelle que si les sorties se sont stabilisées, elles restent massives. « Les volumes d’échanges sur le yuan ont augmenté au cours des deux derniers mois, une évolution qui signale généralement un rebond des sorties de capitaux », selon SG CIB. Et au bout du compte des pressions sur le yuan. De fait, en septembre l’hémorragie a atteint 45 milliards de dollars après 28 milliards en août. L’un des témoins de ces sorties de capitaux est la forte progression des investissements chinois sur la Bourse de Hong Kong au travers du Hong Kong Shanghai Stock Connect. « En septembre, les flux nets d’achats vers Hong Kong (southbound) ont bondi à 59 milliards de dollars de Hong Kong, le montant le plus élevés depuis que la connexion a été mise en place en novembre 2014 », observent les gérants d’Aberdeen AM.

Cette fuite de capitaux amène la banque centrale à intervenir sur le marché des changes pour éviter un effondrement du yuan. « La PBoC est tentée d’intensifier ses interventions à la fois sur les marchés onshore (CNY) et offshore (CNH) », affirme Iris Pang, économiste chez Natixis. Des interventions qui se reflètent dans la baisse continue des réserves de changes. Après 15,9 milliards de dollars en août, puis 18,8 milliards en septembre, le recul atteint 45,7 milliards en octobre (à 3.120 milliards). L’évolution des réserves de change, qui semble être devenue une cible politique pour Pékin, est fortement corrélée à l’évolution des parités dollar-yuan onshore et offshore, selon les stratégistes de Natixis. Le risque est que cela retarde le processus de libéralisation du mécanisme de change et nuise à la crédibilité de la PBoC.

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