Actions asiatiques, les investisseurs restent méfiants

le 20/10/2016 L'AGEFI Hebdo

Ils s’interrogent sur la pérennité du récent rebond des marchés. Leur faible valorisation occulte la diversité des situations.

Cette année, sur les marchés actions, il ne fallait pas manquer le train des émergents. « C’est la première fois qu’elles devancent leurs homologues développées avec une telle marge et sur une période équivalente depuis le début de leur baisse relative en octobre 2010 », observe Patrick Mange, responsable des stratégies Asie-Pacifique et marchés émergents chez BNPP IP. L’indice MSCI émergent surperforme le MSCI pays développés de 12 points depuis janvier. La classe d’actifs reste néanmoins sous-pondérée dans les portefeuilles non-résidents, signe d’une perte de confiance. C’est notamment le cas des actions asiatiques dont la collecte reste globalement négative, selon les données compilées par EPFR. « Les investisseurs restent prudents sur la classe d’actifs », note Tim Orchard, responsable de la gestion Asie-Pacifique hors Japon chez Fidelity International.

Pourtant, en dépit de leur rebond (+13 % cette année), les actions asiatiques (hors Japon) se traitent sur des valorisations basses. « Elles se paient 12 fois les bénéfices à 12 mois et 1,6 fois seulement la valeur de l’actif, soit nettement sous les moyennes historiques de 16 fois et 1,85 fois respectivement, et non loin des plus bas historiques », souligne Tim Orchard pour qui la région a atteint un plancher dans son cycle de profits. Le momentum de résultats est beaucoup mieux orienté. « Le redressement des bénéfices en Asie au cours des six derniers mois est positif après avoir continuellement déçu depuis le début de la décennie », relèvent les stratégistes sur les actions asiatiques chez Société Générale CIB.

Les bénéfices des entreprises ont été affectés au cours des cinq dernières années par la hausse du levier financier des entreprises, la faiblesse des exportations, l’absence de pricing power (en raison des pressions déflationnistes) et la hausse des salaires. Pour Niall MacLeod, stratégiste actions Asie hors Japon chez UBS, les bénéfices devraient rebondir grâce à la dépréciation des monnaies qui améliore la compétitivité des entreprises, au rebond des matières premières et à une hausse des marges du fait de la moindre dépense d’investissement et une plus grande modération salariale. Il y a aussi eu des faillites cependant que les entreprises ont réduit leurs bases de coûts. « Les survivants sortent renforcés de cette période, poursuit Bruno Vanier, responsable de la gestion chez Gemway Assets. Il suffit d’un léger rebond de l’activité pour que les résultats s’améliorent. » Le consensus des analystes prévoit une progression de 12 % des résultats en 2017. Une prévision revue en hausse de 1 point au cours des derniers mois, ce qui n’était pas arrivé depuis des années. « Nous pensons qu’une croissance des bénéfices l’an prochain est plausible vu la stabilisation évidente de la croissance économique dans la plupart des pays en Asie », selon SG CIB. Une croissance qui a non seulement cessé de ralentir mais qui accélère en Inde, en Indonésie et à Taïwan. En Chine, la stabilisation, grâce au stimulus budgétaire du gouvernement, a éloigné la crainte d’un atterrissage brutal de l’économie. L’écart se creuse de nouveau en faveur des émergents après plusieurs années de diminution vis-à-vis des pays développés, avec une croissance anticipée de 4,5 % du PIB l’an prochain.

Ecarts

Toutefois, ces ratios de valorisation occultent une dispersion importante entre pays et secteurs. Les actions en Philippines ou en Inde, surachetées par les investisseurs, se paient très cher. A l’opposé, la Corée reste sous la moyenne du marché, de même que la Chine. Des écarts le plus souvent liés à des différences de gouvernance et au rythme des réformes. Par ailleurs, des divergences importantes se retrouvent entre secteurs. Dans le cas du marché chinois, où la thématique de l’innovation trouve entièrement sa place (plus de 2 % du PIB investi chaque année en R&D), les valeurs technologiques et internet peuvent se payer plus de 25 fois les bénéfices tandis que les entreprises d’Etat sont en moyenne valorisées 8 fois leurs profits. Un écart qui ne s’est pas réduit avec le récent rebond.

La perte de confiance est essentiellement liée aux craintes entourant la Chine. Certes, la dynamique de croissance s’est nettement améliorée. Néanmoins, l’économie reste fragile et en tendance baissière. Les marchés asiatiques sont très sensibles au moindre mauvais chiffre, comme cela a été le cas avec les données d’importation et d’exportation décevantes en septembre. Enfin, la direction du dollar, et de la politique monétaire américaine, reste un autre frein, même si pour l’heure, le sentiment est plutôt favorable : « L’Asie n’a pas à craindre une hausse des taux de la Fed car elle est moins endettée en dollars et la Fed devrait rester prudente dans la normalisation de sa politique », estime Tim Orchard, qui s’attend à un peu de volatilité mais pas à une crise.

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