Les matières premières retrouvent des couleurs

le 15/09/2016 L'AGEFI Hebdo

Si le marché a mis un terme à plusieurs années de chute des prix dans un contexte plus favorable de baisse des capacités, la hausse semble limitée.

Les matières premières retrouvent des couleurs
Mélange de zinc, qui s’envole janvier, et de cuivre, qui souffre de surproduction
(Bloomberg)

Les commodities ont retrouvé la faveur des investisseurs. Pour la première fois depuis 2007, les matières premières non agricoles font mieux que les actions. Malgré les récentes prises de bénéfices, l’indice Dow Jones Commodity Energy & Metals gagne 12 % sur 2016. A lui seul, le charbon, qui a souffert ces dernières années de l’image d’une matière première en déclin, illustre cette résurrection. Les cours du charbon thermique australien ont bondi de 40 %, mettant ainsi fin à cinq années de baisse consécutive. Le zinc s’envole de 57 % depuis janvier, l’argent de 37 % et le baril de Brent de 70 %.

« Ce rebond intervient après une chute importante, qui était justifiée mais exagérée », rappelle Sylvain Berthelet, gérant chez SMA Gestion. La reprise a été facilitée par un environnement moins adverse. La stabilisation de la croissance économique en Chine, premier consommateur mondial de matériaux de base, a rassuré les investisseurs. Ensuite, les atermoiements de la Réserve fédérale américaine quant à l’opportunité de relever le taux des Fed funds ont affaibli le dollar et dynamisé les cours des matières premières. Pour Sylvain Berthelet, cette reprise est plus qu’un rebond technique. Il en veut pour preuve la structure en report (contango) de différentes matières premières. Les prix des futures sont supérieurs au prix spot, ce qui signifie que les investisseurs anticipent une poursuite de la hausse. Cela reflète les efforts d’ajustement de capacités engagés par les compagnies minières. « Des volumes ont été retirés un peu partout dans le monde sur différentes matières premières, tandis que les stocks ont diminué, permettant un début de rééquilibrage du marché », explique le gérant de SMA Gestion.

Le cuivre à la traîne

Ainsi sur le marché du zinc, le groupe minier Glencore, l’un des plus importants producteurs mondiaux, a annoncé fin 2015 une diminution de sa production de 500.000 tonnes, soit un tiers de ses capacités et 3,5 % de la production mondiale. « Cette décision va entraîner un déficit encore plus important sur le marché sans qu’aucune autre production puisse combler cet écart », estiment les analystes de Credit Suisse qui ont relevé une chute de 29 % de la production des huit principaux producteurs mondiaux (35 % de la production mondiale) au deuxième trimestre. D’où le spectaculaire rebond des cours. Les cours du nickel ont été stimulés par la menace du nouveau président philippin de stopper la production de ce minerai si les compagnies minières ne respectent pas les contraintes environnementales (25 % de la production mondiale). Les cours du charbon se sont également envolés dans le sillage de la décision des autorités chinoises de réduire les capacités du secteur, pour diminuer ses pertes, en limitant le nombre de jours de production. « Cela représente une baisse de 15 % de la production. Or la demande chinoise pour le charbon thermique recule de 7 % », observent les analystes d’UBS.

Les métaux précieux n’échappent pas au rebond mais pour des raisons différentes. Or et argent profitent des politiques monétaires expansionnistes, et notamment des taux négatifs en Europe et au Japon, qui poussent les investisseurs vers des actifs qui jouent le rôle de coffre-fort. La faiblesse des taux réduit le coût d’opportunité de détenir l’or et l’argent qui n’offrent pas de rémunération.

Dans ce festival de bonnes nouvelles, le cuivre fait exception. « Il reste sous pression car le métal est disponible sur le marché physique alors qu’un mur d’offres est anticipé pour les prochains mois », indique Société Générale CIB. La surproduction trouve son origine au Pérou où les capacités ont augmenté de moitié au cours des deux dernières années. « La croissance de l’offre devrait atteindre son maximum dans les prochains mois, poursuit Credit Suisse. Nous restons prudents sur le cuivre. »

Sylvain Berthelet s’interroge sur la pérennité du mouvement : « Nous pensons que le marché a déjà bien intégré le stimulus de la croissance en Chine. Par ailleurs, s’il y a eu d’importants ajustements de production, il reste encore des surcapacités. » Outre des efforts sur leurs capacités, les acteurs du secteur ont aussi réduit leurs coûts de production. « Tout ‘rally’ haussier devrait être limité dans le temps car cela relancera des capacités qui seront rapidement rentables », souligne le gérant de SMA Gestion. Les analystes d’UBS estiment aussi qu’il y a un risque de baisse : « Les prix actuels sont susceptibles à la fois d’accroître l’offre et de peser sur la demande. » Une demande toujours dépendante de la Chine.

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