Les marchés émergents mieux armés face à la Fed

le 08/09/2016 L'AGEFI Hebdo

La prochaine hausse des taux aux Etats-Unis devrait avoir peu d’impact sur les émergents dont la situation s’améliore.

Les marchés émergents mieux armés face à la Fed
Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale, le 26 août 2016 à Jackson Hole.
(Bloomberg)

La question revient comme un retour de balancier. Quand la perspective d’une hausse des taux d’intérêt se profile aux Etats-Unis, le marché s’interroge sur son impact pour les émergents. En reconnaissant fin août à Jackson Hole que l’état de l’économie américaine ouvrait la voie à un nouveau resserrement monétaire, Janet Yellen, la présidente de la Fed, a relancé le débat. Et si les derniers chiffres de l’emploi américain rendent moins probable une hausse lors de la prochaine réunion de septembre, le marché est persuadé que ce resserrement monétaire aura lieu en décembre.

La plupart des spécialistes anticipent un regain de volatilité. Mais ces remous ne devraient être que de courte durée. « Sans aucun doute, une hausse des taux américains sera perçue par les investisseurs comme le signal d’un changement de cap mais la réaction du marché sera plus mesurée que lors du ‘taper tantrum’ de mai 2013 », affirme Zsolt Papp, responsable des spécialistes produits dette émergente chez JPMorgan AM. En effet, les émergents ne sont pas dans la même configuration.

D’abord, la Fed prépare le marché à ce nouveau resserrement monétaire depuis des mois. « Elle ne veut pas commettre l’erreur de communication du ‘taper tantrum’ », juge Matthew Michael, spécialiste produit dette émergente chez Schroders. Non seulement l’institution de Washington aiguille les investisseurs par sa forward guidance mais elle tient aussi compte de l’évolution des marchés, et notamment émergents.

Valorisation raisonnable

Au-delà de la Fed, c’est le contexte qui a évolué. D’abord, la classe d’actifs est sous-investie par les investisseurs étrangers, et ce malgré le retour des flux ces derniers mois (plus de 10 milliards de dollars par mois au cours des trois derniers mois). « Les investisseurs ont accru leur allocation aux émergents mais de façon prudente », affirme Zsolt Papp. Selon la dernière enquête de JPMorgan AM, ils seraient encore globalement neutres dans leur positionnement.

En dépit de leur bonne performance, les dettes émergentes n’affichent pas des niveaux de valorisation excessifs. « Les rendements élevés offerts – juste sous 5 % pour la dette externe et environ 6,3 % pour la dette en monnaie locale – sont attrayants », note Paul McNamara, responsable de la dette émergente chez GAM, surtout en relatif par rapport aux pays développés. « Un pays comme la Colombie offre un rendement de 7 % contre 5 % en 2012. Le Brésil a quant à lui vu ses taux passer de 9 % à 12 % », illustre Matthew Michael. De quoi offrir un coussin en cas de hausse des taux américains. De plus, les devises, malgré leur rebond depuis début 2016, restent globalement sous-évaluées.

Pour Candriam, les actifs émergents devraient passer sans encombre cette étape car leurs fondamentaux s’améliorent. « La situation économique s’est stabilisée ces derniers mois dans les émergents avec la reprise du prix des matières premières et la réduction des incertitudes en Chine. Ces derniers ne rencontrent pas de difficulté majeure pour se financer. D’autant que les balances courantes sont en voie d’amélioration », estime Koen Maes, responsable allocation chez Candriam.

La principale incertitude sera l’évolution de la courbe des taux américaine. « Le plus important pour l’évolution des actifs émergents est la pente des taux et les anticipations de taux futurs », expliquent les économistes de BNP Paribas. C’est une question majeure car une partie importante du financement se fait encore en dollars. Si le durcissement monétaire s’accompagnait d’une hausse des taux longs, cela risquerait de provoquer une crise de liquidité. Or tout semble indiquer le contraire, selon BNPP, compte tenu des anticipations de taux et d’inflation du marché.

« Nous sommes dans une configuration assez proche de celle du resserrement monétaire intervenu entre 2004 et 2006 aux Etats-Unis, complète Brigitte Le Bris, directeur gestion dette émergente et devises chez Natixis AM. A l’époque, les taux courts avaient grimpé de 1 % à 5,5 % et la courbe des taux américains s’était fortement aplatie. Les ‘spreads’ de la dette émergente s’étaient resserrés de 500 à 200 points de base. Nous n’anticipons pas de telles amplitudes mais des tendances comparables. » Le taux 10 ans américain devrait se maintenir dans la zone des 1,5 %-2 %, selon la gérante, car les liquidités vont rester abondantes dans le monde et l’inflation reste contenue.

Un constat partagé dans le marché. Les spécialistes s’attendent à une approche prudente de la Fed. « Elle devrait relever ses taux cette année mais le rythme ne sera pas rapide. C’est la vraie clé. Si la Fed venait à accélérer le pas, cela aurait un impact sur les émergents », anticipe Kevin Daly, gérant chez Aberdeen AM. 

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