Les ETF « actifs et non transparents » gagnent du terrain aux Etats-Unis

le 25/08/2016 L'AGEFI Hebdo

Déjà 12 sociétés de gestion souhaitent utiliser la nouvelle « enveloppe » NextShares développée pour ce type de fonds cotés.

Les ETF « actifs et non transparents » gagnent du terrain aux Etats-Unis
(Photo DR)

Début juillet, UBS Wealth Management a annoncé qu’il serait le premier gestionnaire de fortune et distributeur à proposer des fonds de type ETF (exchange-traded funds) mais présentant la particularité d’être gérés activement et « non transparents » sur leur portefeuille. C’est en fait le douzième gérant d’actifs à avoir signé un accord de licence pour utiliser les solutions NextShares, développées au départ pour la société de gestion Eaton Vance (maison mère de NextShares) et autorisées par la Securities and Exchange Commission (SEC) fin 2014.

Si divers gérants actifs souhaitaient offrir à leurs clients particuliers de telles solutions compte tenu de la liquidité qu’elles proposent, l’enjeu se situait autour de la transparence sur le portefeuille, nécessaire à la négociation des parts de fonds cotés puisqu’elle permet aux teneurs de marchés (« market makers ») de couvrir des positions « intraday » et d’éviter de trop grandes différences de valeur entre les parts selon qu’elles s’échangent sur un marché « primaire » ou « secondaire ». Jusqu’alors, les 1 % d’ETF gérés activement étaient bien transparents, mais quasi exclusivement dédiés à des stratégies obligataires, par nature complexes et moins liquides, sur lesquelles dévoiler ses positions ne pose pas les mêmes problèmes que sur des stratégies actions qui risquent d’être arbitrées en permanence par la concurrence...

NextShares a finalement obtenu l’autorisation de proposer des ETMF (pour exchange-traded managed funds) – et non pas ETF – grâce à un mécanisme « NAV based trading » qui permet d’assurer que la valeur des parts est assez proche de la valeur nette des actifs (NAV) : comme pour des ETF, les ordres d’achat et de vente de parts sont exécutés soit via un marché boursier (« secondaire »), soit de gré à gré (OTC) via des « market makers » autorisés à solliciter le fonds pour la création ou la destruction de nouvelles parts (« primaire »), mais selon un prix d’échange correspondant à la prochaine NAV (de fin de journée) comme pour les fonds mutuels traditionnels, plus ou moins un coût d’exécution indiqué au moment de la transaction, exprimé en fonction du rapport offre/demande : par exemple NAV-0,02 dollar s’il y a peu de demande, NAV+0,02 dollar s’il en y a beaucoup.

Evolution ou révolution ?

Certains ont regretté que ce processus, en limitant les risques des « market makers » qui n’ont donc plus la nécessité de couvrir activement leurs positions « intraday », augmente ceux de l’acheteur qui acquiert une part d’ETMF, par exemple à 10h du matin, sans en connaître le prix d’acquisition ni le portefeuille sous-jacent, au contraire d’un ETF. Le régulateur américain a estimé qu’un ajustement plus précis n’est pas nécessaire pour des gestions actives et qu’un reporting trimestriel suffit… « Ces ETMF offrent un accès direct et simplifié pour des clients particuliers, alors que les ‘mutual funds’ américains ont parfois un coût d’entrée », commente Stephen Clarke, président de NextShares Solutions, qui se rémunère en commissions sur les licences vendues aux fonds utilisateurs. Eaton Vance s’est ainsi engagé à distribuer 18 fonds en février, et en a déjà commercialisé trois (actions, obligations, diversifiés) via le Nasdaq, pour 25 millions de dollars levés en juin. Ivy Funds et Gabelli Funds distribueront aussi prochainement plusieurs stratégies via NextShares. Les neuf autres sociétés de gestion engagées – parmi lesquelles Columbia Threadneedle, Hartford ou Pioneer Investments – attendent les autorisations réglementaires avant la fin de l’année, notamment relatives à leurs obligations d’information des investisseurs. Si les fonds actions se prêtent particulièrement à cette distribution, toutes les stratégies actives devraient être concernées. « Pour des actifs moins liquides, les mécanismes de création/destruction de parts pourraient se faire en ‘cash’, sachant que les fonds resteront soumis au ratio de 85 % d’actifs liquides qui s’applique à tous les fonds ouverts, ETF ou mutual funds », note Julien Bourgeois, associé chez Dechert.

Ces fonds offrent divers avantages par rapport aux fonds mutuels traditionnels : des coûts de règlement-livraison, de gestion et de transaction moindres, ainsi qu’une meilleure « efficacité fiscale » dans la mesure où la restitution de parts sera le plus souvent compensée par une distribution des sous-jacents en nature qui réduit, comme pour des ETF et au contraire des « mutual funds » dont les taxes sur les plus-values sont mutualisées à l’échelle du fonds, l’impact sur la performance du fonds lui-même. « A terme, cette solution pourrait finir par remplacer complètement les ‘mutual funds’ auprès des clients ‘retail’ », conclut Stephen Clarke, relevant l’intérêt de plusieurs brokers-dealers comme UBS. 

Nextshares explique qu’une telle solution de fonds cotés permet de réduire les divers coûts (hors taxes) dans une proportion correspondant à 0,79 % de performance annuelle pour un fonds mutuel traditionnel...
... . L’équivalent d’une surperformance moyenne, par rapport aux indices américains correspondants entre 2007 et 2013, de 65 % au lieu de 43 %.

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