Une vague d’incertitudes alimente une importante volatilité

le 03/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Le flou qui entoure la gestion de la crise en Europe entretient la nervosité des investisseurs. L’irrationalité dicte la tendance sur les marchés.

L’agitation économique s’accompagnera d’une importante volatilité des valeurs d’actifs, prédisaient les experts en stratégie d’investissements au printemps 2009. Les faits leur ont donné raison. Après un an de somnolence, une éruption de forte volatilité est venue secouer les marchés financiers depuis fin avril. Celle-ci n’atteint pas les niveaux connus fin 2008 mais pratiquement toutes les classes d’actifs sont touchées.

En transition

Vincent Ganne, analyste de marché d’IG Markets, observe que « la volatilité des actions est aujourd’hui deux fois supérieure à sa moyenne de la période allant de mars 2009 à avril 2010 ». L’augmentation rapide, presque brutale, de l’amplitude des fluctuations (passée et anticipée) des indices boursiers européens et américains reflète la remontée du degré d’aversion au risque de la part des investisseurs. Pour Vincent Ganne, « nous sommes entrés dans un marché de transition, qui se caractérise par une rotation sectorielle importante. Sa structure est en train d’être modifiée ». Voilà près d’un mois que le consensus de place, qui poussait les indices boursiers à la hausse depuis mars 2009, s’effrite. « Les avis sur la prochaine direction que prendront les marchés, à la hausse ou à la baisse, divergent, constate l’analyste. Cela pourrait durer encore quelques semaines avant qu’un nouveau consensus émerge. Une condition pour renouer avec une phase d’accalmie en termes de volatilité. »

Les Bourses émergentes n’échappent pas à la tendance. Les indices d’actions ont modifié leurs trajectoires, également sous l’emprise de fortes incertitudes. Les investisseurs se demandent si les pays émergents, telle la Chine, seront capables de gérer le risque de surchauffe de leur économie et si l’action des banques centrales, qui entament un cycle de remontée de leurs taux directeurs, sera efficace. Risque d’inflation dans les régions émergentes et risque de déflation dans les pays développés, les investisseurs sont pris entre deux feux.

Opposition des extrêmes

Le vent tourne vite sur les taux et sur les changes aussi. Pour Philippe-Henri Burlisson, directeur des gestions fondamentales de Groupama AM, « la rationalité a disparu. Les marchés paniquent depuis le 7 mai. Ils balancent entre deux extrêmes, soit l’explosion de la zone euro, soit la résolution de la crise, sans envisager de scénario moyen. Si la cacophonie politique européenne ne cesse pas, les turbulences continueront ». Cette situation erratique pourrait durer tant que les investisseurs espéreront une coordination des plans d’austérité dans les pays de la zone euro.

Philippe-Henri Burlisson constate que l’angoisse ambiante « favorise les actifs jugés les plus sécurisés. A 2,6 % sur le 10 ans et en dessous de 0,5 % sur le 2 ans, une bulle est en train de se former sur les emprunts allemands. Cependant, les niveaux du Bund s’expliquent aussi par la baisse de l’inflation », une tendance toujours propice à la baisse des taux. D’ailleurs, surpris par la vitesse actuelle du ralentissement de l’inflation dans la zone euro, Benjamin Melman, directeur allocation et gestion quantitatives chez Edmond de Rothschild Investment Managers, observe que « les appréhensions du marché se traduisent surtout sur le marché interbancaire où les tensions sont vives. Il est manifeste que les banques se refont à nouveau moins confiance. En revanche, indirectement concernées par ce phénomène car elles ont reconstitué beaucoup de liquidités, les entreprises ont été bien moins impactées au niveau de l’obligataire ».

La volatilité des taux de changes des devises est également remarquable. Selon Philippe-Henri Burlisson, « la parité euro-dollar a mis neuf mois pour monter de 1,25 à 1,50 et cinq mois pour parcourir le chemin inverse. Ce n’est pas le niveau qui inquiète la Banque centrale européenne mais l’ampleur du repli ». Cette dynamique se retrouve dans l’évolution des prix des matières agricoles. Selon Gautier Le Molgat, consultant d’Agritel, « leur forte variation depuis le début de l’année a fait bondir la volatilité instantanée de 9 % à 15 %. La volatilité a tendance à croître avec une augmentation des cours. C’est le cas actuellement car la baisse de l’euro provoque un regain d’intérêt pour les céréales d’origine européenne ». Avec le printemps reviennent aussi les aléas de la météo et donc de la volatilité. Or, Gautier Le Molgat remarque que « dès que la volatilité repart, c’est la panique du côté des acheteurs, des trésoriers ou des directeurs financiers qui ne s’y sont pas mieux préparés qu’en 2007, s’exposant à une dégradation de la compétitivité ». Dans de telles circonstances, opter pour la couverture adéquate redevient un enjeu majeur. 

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