Ucits III, nouvel eldorado des hedge funds

le 19/11/2009 L'AGEFI Hebdo

Les OPCVM se prêtent à nombre de stratégies alternatives et permettent aux gérants de fonds offshore d’élargir leur base d’investisseurs.

Le marché britannique voit se développer actuellement une nouvelle tendance : le lancement par des gestionnaires de hedge funds de fonds Ucits III onshore (c’est-à-dire conformes à la directive OPCVM et donc enregistrés en Europe). D’ores et déjà, Brevan Howard, GLG Partners, Cheyne Capital Partners, Castlestone Management et bien d’autres acteurs du marché ont monté des fonds de ce type, tirant profit de leur réglementation : ils ont ainsi la possibilité de diversifier leur distribution à destination d’une gamme d’investisseurs que leur stratégie offshore ne permettait pas d’atteindre jusqu’à présent. A quelques exceptions près, les gérants alternatifs n’ont utilisé que tout récemment les possibilités ouvertes par Ucits III : « Quand nous avons commencé dans cette voie en 2007, certains ne savaient même pas ce qu’était un fonds Ucits III. Ce n’est que l’année suivante que ce type de fonds a été assimilé à une sorte de mot magique capable de résoudre nombre de difficultés », se souvient Eric Personne, responsable de la division Solutions de fonds de Merrill Lynch pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. « Nous sommes encore dans un processus d’éducation par lequel les ‘hedge funds’ commencent à peine à se familiariser avec la création de ces fonds », renchérit Killian Buckley, associé, consulting et corporate advisory au sein de la société de conseil Kinetic Partners.

Les ravages de la crise financière, sans oublier la révélation de la fraude de Bernard Madoff et l’hypothèse d’un durcissement des règles européennes, via la future directive AIFM (Alternative Investment Fund Managers), ont conduit les gérants à reconsidérer ce type de produits, quitte à changer leur perspective : « Alors que pendant très longtemps, le secteur des fonds alternatifs a fonctionné sur le modèle de la prévalence de l’offre par rapport à la demande, le focus s’est aujourd’hui inversé et on assiste à un accroissement du pouvoir de l’investisseur qui pose ses règles », poursuit Eric Personne. Or, l’investisseur était parfois fiscalement pénalisé. « Par exemple, certaines juridictions obligent les investisseurs à payer des taxes sur les plus-values latentes des fonds offshore », estime Hakim Bendriss, responsable du développement auprès de la clientèle institutionnelle en France chez MAN Investments, qui a lancé dans différents pays européens deux OPCVM mettant en œuvre des stratégies fondées sur des futures. Autres atouts, ces structures d’investissement présentent une transparence accrue susceptible de rassurer les investisseurs, ainsi qu’une bonne liquidité. « Les fonds Ucits doivent apporter une liquidité au minimum bi-hebdomadaire tandis que les fonds offshore peuvent ne permettre les retraits que sur une base mensuelle ou trimestrielle », poursuit Hakim Bendriss.

Réplication possible des stratégies

Les fonds alternatifs sont d’autant plus enclins à tirer parti de ces possibilités nouvelles que leurs stratégies d’investissement peuvent être intégrées avec une relative facilité par ces véhicules, grâce à la souplesse de la réglementation des OPCVM. « Contrairement aux idées reçues, beaucoup de stratégies ‘hedge funds’, entrent parfaitement dans le cadre des Ucits III », estime ainsi Pierre Lagrange, cofondateur de GLG Partners. « Les deux tiers des stratégies utilisées par des fonds alternatifs peuvent ainsi être gérées d’une façon similaire dans des fonds Ucits III. Par exemple, tous les ‘shorts’ sont répliqués par des ‘swaps’ », avance de son côté Aymeric Lechartier, directeur général du bureau londonien de la société de conseil Carne Global Financial Services, laquelle a travaillé sur plus d’une cinquantaine de fonds Ucits en Europe. « Quand aucune méthode n’est disponible pour répliquer un fonds en accord avec la réglementation Ucits - ce qui est le cas de certains instruments de crédit peu liquides -, il faut alors renoncer à répliquer parfaitement », ajoute Eric Personne. Autre avantage pour ces gérants, la réglementation Ucits III autorise les effets de levier jusqu’à 100 % de la valeur nette de l’actif et permet aussi à une structure d’investir dans des instruments financiers dérivés. La contrainte consiste toutefois alors à calculer l’exposition selon des méthodes spécifiques. « Il est possible de mesurer le risque dans les fonds Ucits en utilisant l’approche ‘des engagements’ (‘commitment approach’, NDLR) dans laquelle l’exposition brute ne peut pas dépasser les 200 %. On appelle ces fonds des Ucits non sophistiqués, expose Aymeric Lechartier. L’autre moyen utilisé consiste à mesurer la VaR (‘Value at Risk’, NDLR) : quand elle est maximale, cette valeur ne peut dépasser 20 % avec un ratio de confiance de 99 % sur une période d’un mois. Cette gestion du risque, qui s’inscrit dans le cadre de fonds sophistiqués, est souvent utilisée dans des stratégies de produits de taux. »

Une distribution clé

Indépendamment des techniques et stratégies utilisées, la distribution reste cruciale pour assurer une montée en puissance de ces fonds. Certains acteurs ont ainsi décidé de ne se fermer aucune opportunité. Gérant actuellement quinze fonds Ucits long-only traditionnels et cinq fonds Ucits alternatifs, GLG Partners dispose ainsi d’un mandat pour la gestion d’OPCVM d’un montant de 3 milliards d’euros avec Banca Fideuram, filiale d’Intesa Sanpaolo, et d’un autre avec la plate-forme de distribution espagnole Allfunds. Le gérant alternatif, qui a finalisé au premier trimestre 2009 l’acquisition de la filiale de gestion d’actifs de SGAM au Royaume-Uni, s’est également allié à Bank of America Merrill Lynch pour la création d’un autre fonds Ucits III : « Nos accords de distribution procèdent d’une approche stratégique, explique Pierre Lagrange. Nous avons tout intérêt à opter pour la distribution la plus large et la moins corrélée possible, ce qui suppose de s’adosser à des réseaux très différents. C’est une simple question d’équilibre : moins investir dans un réseau de distribution permet des dépenses accrues dans la gestion et donc une amélioration de la performance. »

Partenariats

De leur côté, gérants traditionnels et banques ont également entrepris de se rapprocher des fonds alternatifs pour faciliter l’accès des investisseurs à ces nouveaux OPCVM. Ainsi, Schroders, qui dispose de 130 milliards d’euros d’actifs, a lancé une plate-forme alternative Ucits III, Schroder GAIA (Global Alternative Investor Accesss) fin octobre. « Elle va permettre d’offrir des produits complémentaires à la gamme de Schroders et qui répondent à une demande très forte de ses clients », indique Eric Bertrand, responsable du développement produits chez NewFinance Capital, filiale de multigestion alternative de Schroders. La plate-forme a annoncé son premier fonds, Schroder GAIA Egerton European Equity, géré par Egerton Capital, et ambitionne de recruter un total de cinq à six gérants supplémentaires au cours des dix-huit prochains mois, avec à la clé des encours « significatifs ». « Dans ce partenariat, New Finance Capital a un double rôle : sélectionner les gérants ainsi que contrôler les risques de fonds », poursuit Eric Bertrand.

Autre exemple, Bank of America Merrill Lynch vient aussi, dans le cadre de sa plate-forme de fonds Ucits III, de créer le fonds York Ucits Event Driven, en partenariat avec York Capital Management. La banque, qui a lancé avec des hedge funds quatre fonds Ucits à ce jour, souhaite pouvoir nouer entre douze et quinze accords d’ici à fin 2010 pour atteindre entre 2 et 3 milliards de dollars d’actifs sous gestion à cette date. Il est vrai que ces opérations apparaissent rentables : la banque prélève auprès des hedge funds des frais d’administration de 0,40 % pour couvrir ses coûts, certaines plates-formes réclamant jusqu’à 0,75 % de frais. A quoi s’ajoutent des frais de distribution représentant un peu moins de 1 % prélevés sur les frais annuels de gestion, eux-mêmes égaux à 2 % des encours. Distribués dans les principaux pays européens, les fonds de BoA Merrill Lynch devraient atteindre très bientôt la Belgique, la Scandinavie et les pays de la région Asie-Pacifique.

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